Aller au contenu

Répondre à : [FR5] Hanoï de Serge Moati

Discussions générales sur le Vietnam La Culture au Vietnam [FR5] Hanoï de Serge Moati Répondre à : [FR5] Hanoï de Serge Moati

#25360
Son Lam wrote:
C’est très intéressant ce que tu dis là, sur le budget de l’Indochine.
Aurais-tu des sources ?

Comme tu disais un peu plus haut, les travaux des infratructures étaient effectués par des annamites (vietnamiens) mais financés par l’administration coloniale.
Mais on oublie trop souvent de dire que ces travaux sont jalonnés des morts annamites.
Le budjet pour ces travaux était alimenté par les impôts payés par le peuple mais aussi par les matières premières soutirées du pays sans parler des trafics et manufactures d’opium etc..

Pour comprendre je vais citer des extraits mais également les liens.

1°)-Texte de Jean-Pierre Duteil
Professeur à l’université de Paris VIII
http://www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/les_francais_en_indochine_des_annees_1830_a_la_fin_de_la_deuxieme_guerre_mondiale.asp

Historiquement, l’Indochine est le nom donné, à partir de 1888, à la réunion sous une administration unique, des colonies et protectorats français de la péninsule indochinoise qu’étaient les Cochinchine orientale et occidentale, le Cambodge, l’Annam et le Tonkin conquis entre 1862 et 1888, auxquels est adjoint le Laos en 1893. Après une phase de conquête où se distinguèrent missionnaires, officiers et géographes, la politique coloniale française en Indochine vit s’illustrer des hommes politiques comme Jules Ferry, Paul Bert, Paul Doumer ou Albert Sarraut. Lourde fiscalité et pression administrative furent à l’origine de troubles, avant que la montée du nationalisme annamite, la seconde guerre mondiale et l’intervention du Japon ne mettent fin à un siècle de présence française.

2°)- Le siècle de la colonisation française
http://www.clio.fr/CHRONOLOGIE/chronologie_vietnam_le_siecle_de_la_colonisation_francaise.asp

Octobre 1897 : Le gouverneur décide la disparition du conseil impérial traditionnel, remplacé par un conseil des ministres présidé par le résident supérieur français en Annam.
1898 : Le gouvernement de Hué perd le pouvoir de percevoir l’impôt, désormais levé par l’administration française. Une liste civile est accordé à l’empereur Thanh Thai, désormais privé de tout pouvoir réel. Des fonctionnaires français du Corps des services civils de l’Indochine sont investis des diverses responsabilités administratives. Des services généraux chargés des douanes, de l’agriculture, des grands travaux ou du commerce sont créés pour l’ensemble de l’Indochine qui se voit également attribuer un budget propre, alimenté par les régies de l’alcool et du sel ainsi que par diverses taxes et droits de douane. Le bilan économique se révèle positif, d’autant que sont entrepris de grands travaux d’infrastructure : pont Paul-Doumer de Hanoi, Transindochinois et ligne de chemin de fer du Yunnan, aménagement des ports, grands travaux d’urbanisme à Hanoi, grandes entreprises d’aménagement hydraulique dans le sud…) L’œuvre culturelle du gouverneur Paul Doumer n’est pas moindre, marquée par l’institution de grands services chargés de différents domaines (géographie, météorologie, géologie…), par la création d’une faculté de médecine et par celle de l’Institut français d’Extrême-Orient.

3°)- Condition de vie des travailleurs de la culture d’hévéa
http://www.recherche.fr/encyclopedie/Indochine_fran%C3%A7aise#Condition_de_vie_des_travailleurs_de_la_culture_d.27h.C3.A9v.C3.A9a

Durant la colonisation de l’Indochine, les Français s’y rendaient surtout pour l’exploitation de l’hévéa qui permettait de produire des caoutchoucs. De toute évidence, les colonisateurs français faisaient toujours appel à des travailleurs vietnamiens, puisque l’hévéa se trouvait au Viêt-Nam, ou plutôt en Cochinchine si les divisions coloniales sont prises en considération. En 1932, Andrée Viollis (1879-1950), une journaliste féministe française travaillant au quotidien Petit Parisien accompagna Paul Reynaud, ministre des Colonies, en Indochine. À son retour, elle publia Quelques notes sur l’Indochine dans la revue Esprit, puis, chez la maison d’édition Gallimard, en 1935, son livre Indochine SOS. Elle y dénonce les méthodes de la colonisation française:
« « Vous pouvez me croire, dit-il. J’ai vécu, moi comme employé des plantations. À Kratié, là-bas, au Cambodge, à Thudaumot, à Phu-Quoc… J’ai vu ces malheureux paysans du Tonkin, si sobres, si vaillants, arriver joyeux sous la conduite de leurs bandits de cais, avec l’espoir de manger à leur faim, de rapporter quelques sous dans leurs villages. Au bout de trois ou quatre ans, ce ne sont plus que des loques: la malaria, le béribéri! Ils essaient de marcher sur leurs jambes enflées d’œdèmes, rongées, traversées par une espèce de sale insecte, le san-quang; le rendement diminue-til avec leurs forces ou protestent-ils contre trop de misère? Les cais les attachent à des troncs d’arbres, des piloris, où ils restent tout le jour à jeun, après avoir fait connaissance des rotins des cadouilles, qui font saigner la peau flasque de leurs pauvres carcasses.

« « Le matin, à l’aube, quand la fatigue les tient collés à leur bat-flanc, où ils ont essayé de dormir malgré les moustiques qui tuent, on vient les chasser des tanières où ils sont entassés, comme on ne chasse pas des troupeaux de l’étable.

« « À midi comme au soir, quand on leur distribue leur ration de riz souvent allégée d’une centaine de grammes, ils doivent d’abord préparer le repas des cais et, la dernière bouchée avalée, se remettre à la corvée, même couverts de plaies à mouches, même grelottants de fièvre. Tout cela pour 1 fr. 20 à 2 francs par jour qu’ils ne touchent jamais entièrement à cause des retenues, des amendes, des achats. […] Leur correspondance est lue, traduite et souvent supprimée. Peu de nouvelles de leurs familles. La plupart ne la revoient jamais ou, s’ils regagnent leur village, ce sont de véritables épaves, sans argent et sans forces, qui reviennent pour mourir; mais auparavant, ils sèment autour d’eux des germes de maladie, de révolte, de haine… C’est comme ça qu’on prépare les révolutions. » »
(Andrée Viollis, Indochine SOS, nouvelle édition, Les éditeurs français réunis, 1949, p. 115-116)