Aller au contenu

tranche de vie : ferme la

Actualités Vietnam L’actualité générale du Vietnam tranche de vie : ferme la

  • Ce sujet est vide.
Vous lisez 2 fils de discussion
  • Auteur
    Messages
    • #7562

      :wink2:

      Depuis que l’homme a inventé la propriété privée, il consacre beaucoup d’énergie à protéger ses biens : clôtures, barrières, hauts murs et autres enceintes pour empêcher les intrusions ; cadenas, serrures, barres de sécurité pour clore portes et fenêtres. Il est vrai que la maxime « Bien mal acquis ne profite jamais » est moins efficace pour arrêter le malandrin qu’une porte blindée munie d’une serrure à pompe ! Au Vietnam comme ailleurs… Mais, il arrive cependant que la protection se retourne contre son propriétaire.

      Un Occidental qui se promène la nuit dans les rues d’une ville ou d’un village peut sans doute être surpris par la succession de maisons fermées par une grille cadenassée. Ce qui en bord de Seine ou d’Escaut est réservé aux boutiques et magasins concerne ici tout ce qui tient lieu de logis. Et pour cause ! L’habitat traditionnel, en ville, associe étroitement lieu de travail et lieu de vie. Largement ouverte sur la rue, l’échoppe de l’artisan ou la boutique du commerçant servait aussi de salle à manger et, le soir venu, de chambre à coucher. On dégageait un espace au milieu des marchandises ou parmi l’outillage pour y étaler les nattes qui servaient de lits et on fermait la pièce à l’aide de grands vantaux de bois ou de bambous ajourés. Pratique encore en cours dans les centres-villes ou dans les villages. Aujourd’hui, les maisons ont gagné un ou plusieurs étages, mais le modèle est resté : la pièce du bas sert à la fois de lieu d’accueil pour les étrangers, de cuisine, de salle à manger, et la nuit, de garage à moto. Elle est toujours grande ouverte sur l’extérieur, à la fois pour des raisons de luminosité (souvent les 3 autres murs sont borgnes), des raisons d’aération et de climatisation, et aussi pour répondre au sacro-saint besoin de convivialité du Vietnamien. Mais aujourd’hui, les protections en bois ont été remplacées par des grilles métalliques, simples, doubles, pivotantes, à gond ou à guillotine… bref, par tout ce que l’esprit humain a pu inventer pour dissuader les visites inopportunes !

      À huis clos !

      Comme toutes les autres, ma maison possède une grille de fermeture, constituée en l’occurrence de 2 grands vantaux à barreaux en acier soudé. À chaque fois que cet huis de métal est fermé, je suis littéralement « derrière les barreaux », emprisonné chez moi, pour éviter qu’un tiers ne soit embastillé pour avoir voulu y pénétrer ! Le comble ! Mais la grille seule n’est qu’un élément du système défensif global : sans verrou, les barreaux ne peuvent empêcher que celui qui est dedans se barre, et ne barre pas l’accès à celui qui est dehors !

      Au Vietnam, le verrou, c’est le cadenas ! Il n’est que de voir le nombre incalculable de marchands de cadenas pour mesurer l’importance de ce petit instrument dans la vie du Vietnamien. Acheter un cadenas, c’est en fait choisir le degré de sûreté que l’on veut accorder à sa grille de fermeture. La mercatique (marketing en anglais) ayant atteint le Vietnam, on trouve réponse à tous les niveaux d’anxiété des humains : cadenas à anse pivotante, cadenas à anse coulissante, cadenas mono point, cadenas de haute sécurité en acier trempé, de matière blindée, avec ou sans protecteur d’anse, non perçable, non crochetable et livré avec carte de propriété brevetée… Il suffit de faire son choix, de ne pas oublier de prendre les clefs fournies avec, et le tour est joué : grille fermée, protection assurée. Sauf que… Celui qui est dedans ayant inventé le cadenas, celui qui est dehors a immédiatement inventé… la scie à métaux ! Et un cadenas à l’anse sciée sciemment devient un non sens ! Donc, pour compliquer la tâche de malfaisants nocturnes, le Vietnamien a eu l’idée de fixer les anneaux qui permettent de relier les 2 battants de la grille ensemble, non pas à l’extérieur, mais à l’intérieur ! Quand on est dans la maison, rien de plus facile, sauf à être atteint de tremblements incoercibles, que de fermer la grille au cadenas, mais c’est quand on quitte sa maison ou que l’on veut y rentrer que tout se corse ! Certes sur chaque vantail et à proximité du point de fermeture, un petit espace est aménagé pour y glisser la main de manière à pouvoir de l’extérieur y introduire cadenas et clef, pratiquer l’exercice psycho moteur qui consiste à faire pivoter l’anse de manière à la positionner face au trou prévu à cet effet, d’appuyer sur l’anse jusqu’au point de fermeture qui se manifeste par une légère résistance, et un clic, puis introduire la clef dans la fente du cadenas, la tourner, l’extraire, et la récupérer. Mais, comme tout cela se passe à l’intérieur et que vous êtes à l’extérieur, l’exercice a lieu à l’aveugle ! Et gare à la maladresse !

      Clef de sol !

      Il est une heure du matin. Des amis qui voulaient se promener dans Hanoi nocturne, le dernier verre dans le salon de l’hôtel, et les heures ont passé. Une petite pluie fine m’accompagne dans Hanoi endormie. Et je n’avais pas prévu de áo mua (vêtement de pluie). L’eau dégouline sur ma nuque, mes sourcils, mon nez, mes moustaches. Je suis la Cascade d’Argent du Tam Ðao à moi tout seul ! Il est temps que j’arrive avant de me liquéfier ! En entrant dans ma ngách (petite ruelle), j’éteins le moteur de ma moto pour éviter de déranger le sommeil de mes voisins. Dire qu’il fait nuit noire est un euphémisme : aucune lumière, publique ou privée, pour me guider, les étoiles et la lune sont masquées par une couche de nuage aussi épaisse que celle d’un fond de teint sur un chanteur vieillissant… Je me repère dans l’obscurité par les masses sombres des maisons qui ressemblent à de gros matous assoupis. En clapotant, j’arrive devant chez moi. Vite, prendre la clef dans mon pantalon trempé, introduire chaque main dans les ouïes de la grille, tâtonner pour trouver le cadenas, repérer la fente avec l’index de la main gauche, et approcher la clef… qui glisse entre mes doigts mouillés et tombe à l’intérieur ! Et bien sûr, en bas, les barreaux sont trop étroits pour que j’y passe mes grosses mains ! Il pleut, mon taux d’humidité approche la catastrophe naturelle, mon toit, ma douche chaude, mes serviettes sont là, devant-moi, éden impossible à cause d’un bête bout de métal nickelé qui se vautre à 15 cm de moi, inaccessible derrière des grilles imperturbables…

      Oh ! Je sais à quoi vous pensez : il n’a qu’à réveiller sa femme ! Facile ! Sauf que cette semaine, ma fille, sa maman et sa tata sont parties rendre visite à la bà ngoai (grand-mère maternelle) au quê, à 600 km de Hanoi. Je suis seul et je suis en prison dehors !

      À cause désespérée, moyen déses-péré. J’allume mon phare de moto et je recherche sur le sol un morceau de bois, une tige, un objet suffisamment filiforme qui me permette d’aller titiller cette saleté de clef et de l’attirer progressivement vers la grille pour la faire glisser sur le seuil et la récupérer. Je trouve un bout de bambou, oublié là par un enfant, chevalier à ses heures perdues. Avec un remerciement pour l’imaginaire enfantin, je m’accroupis pour tenter de récupérer ma clef, mais ma position n’est pas encore assez efficace. Aux grands mots, les grands remèdes : je m’agenouille dans l’eau saumâtre qui recouvre la chaussée et, nez à 2 centimètres du sol, je farfouille derrière ma grille, bien décidé à faire revenir cette fichue clef à de meilleurs sentiments. Soudain, des pas derrière moi, un rond de lumière qui vient s’ajouter à celui de mon phare de moto. Un « Anh làm gì vây? » (Qu’est-ce que vous faites donc ?). Je me retourne, relève la tête, prend la lumière en plein visage. Derrière la lampe, une forme indistincte qui a la bonne idée de s’éclairer elle-même pour que je puisse l’identifier : un des policiers du quartier qui fait sa ronde. Hilare en me reconnaissant et encore plus quand je lui explique ce qui m’arrive ! En 2 temps, 3 mouvements, il s’accroupit passe des doigts agiles entre les barreaux, récupère ma clef et, summum du service, m’ouvre la porte ! Dégoulinant, maculé aux genoux, honteux, je peux enfin entrer chez moi. Mon sauveur n’a même pas voulu accepter le verre de l’amitié que je voulais lui offrir. Il est reparti dans la nuit, à la recherche peut-être d’autres forçats de la clef !

      Le pire de tout cela, c’est que personne ne voudra me croire, quand je dirais que j’ai été enfermé dehors et que c’est un policier qui m’a libéré pour que je puisse entrer. Je hais les grilles, les cadenas et les clefs !

      CVN 12 juin 2010

    • #118701

      la guerre des filles :
      Mon Petit poney
      pif paf elles se battent
      Et le poisson rouge de papa, il appartient à qui

    • #118709

      Bonjour,

      Ah ce sacre Gerard B. quel raconteur d’histoire, apparemment un vieux de la vieille au vietnam
      et pourtant tout devient si épique avec lui…..

      Bon en même temps son métier de pigiste, le contraint à amuser la galerie.

      :bye:

Vous lisez 2 fils de discussion
  • Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.