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29 septembre 2010 à 6h07 #8071
Parmi les viêtkieus qui font honneur à la communauté scientifique du Viêtnam, il y a Tran Thanh Van.

Un article de La Recherche:
Quote:Anna Alter Philippe Testard-Vaillant« Je veux faire aimer ma discipline et faire aimer la France. Je veux partager »
Trân thanh vân un militant de la physiqueTrân Thanh Vân rêvait de devenir ingénieur. Mais devint presque par hasard physicien, spécialiste du neutron. Un goût pour les particules vite doublé d’une passion croissante pour les érudits conciles. Ainsi naquirent « Les Rencontres de Moriond », en 1966, puis, en 1989, celles de Blois. Épaulé par sa femme Kim, biologiste végétale, Trân Thanh Vân, 59 ans, vient de convier pour la seconde fois au Viêtnam, son pays d’origine, la fine fleur de la physique et de l’astrophysique, à l’occasion d’une éclipse.
Le 17 janvier 1953, à 17 ans, « venu d’un pays lointain » , le jeune Trân Thanh Vân, qui n’a pu se poser à Paris à cause du brouillard, atterrit à Lyon et prend un billet de seconde pour entrer quelques jours plus tard en première dans un lycée de la métropole, et passer le bac en juin. « Mon grand frère ne m’avait pas prévenu du temps qu’il faisait. Je ne portais qu’une chemisette et j’ai attrapé une grosse grippe. Mon premier souvenir de France… » , bégaye le physicien, auteur de 150 publications et chevalier de l’Ordre national du Mérite, comme s’il grelottait rétrospectivement de froid. Ou d’effroi… « J’ai enfoui tellement de choses en moi. Même si l’on en n’est pas conscient, on est marqué par le passé . » Aveux murmurés – mais vite réprimés – un après-midi d’octobre dernier et de grande fatigue en pleines Secondes Rencontres du Viêt N am , dans un salon du Majestic Hotel , clinquant palace d’Hô Chi Minh-Ville (ex-Saigon). Malgré les années, Trân Thanh Vân ne parvient toujours pas à remonter le fleuve opaque de ses souvenirs sans être arrêté par l’émotion. Sa mémoire se fige dans la boue des dernières années de colonisation. Tout juste devinera-t-on, à travers les mots et l’émotion, que l’enfant de 10 ans a vécu des scènes de cauchemar.
Pour protéger l’adolescent francophone débarqué d’Extrême-Orient, le grand frère prêtre place la petite âme dont il a la charge, depuis la mort de leurs parents, à distance respectable des tentations de la Ville lumière, dans une famille française de Montargis. « Chez nous, ce sont les grands qui décident pour les petits. Nous n’avons pas l’habitude de vouloir des choses par nous-mêmes . » Son frère aîné avait pourtant montré une sacrée volonté en s’évadant de la maison familiale où on l’avait enchaîné, de peur qu’il ne se convertisse au catholicisme, ce qu’il fit jusqu’à prendre la soutane. Le petit dernier de la famille de huit réduite à cinq par les folies de la guerre, fuit, lui, les souvenirs noirs en s’absorbant dans le travail, ses frères et ses soeurs restés au pays, « dans le petit commerce » , se saignant pour payer ses études. Dans son carnet de notes, son professeur de mathématique et physique écrit : « On ne peut pas l’empêcher de travailler ! » . Normal. « Au Viêt N am, pour passer ne serait-ce que le BEPC, on ne se couchait pas avant minuit et on se levait à six heures du matin. Quand je suis arrivé en France, tout me paraissait donc plus facile . » La première partie du bac passée, l’élève modèle est expédié à Orléans, dans un nouveau foyer ( « des gens du peuple qui ont été très gentils avec moi et m’ont énormément apporté » ). Le petit Trân sillonne la vallée de la Loire et visite les châteaux. Promenades dans le vent de l’histoire au cours desquelles il contracte une passion fiévreuse pour les « trésors culturels » de l’Hexagone et le luxe afférent.
« Une bonne partie des Vietnamiens s’oriente vers les matières scientifiques. On est dans un pays pauvre, on ne pense qu’à sortir de sa condition et on rêve d’être ingénieur . » Trân Thanh Vân n’échappe pas au rêve collectif. Lui aussi, malgré sa santé fragile ( « j’ai attrapé le paludisme en séjournant un an dans la jungle ; ça laisse des traces » ), sera ingénieur, « le seul métier noble » . Son mentor de frère le dissuade de s’inscrire en classes préparatoires, et le convainc de poursuivre ses études supérieures à l’Institut catholique de Paris, rue d’Assas. A défaut de prestige, il profite de cours allégés (40 étudiants contre 300 à la Sorbonne où il ne va que pour passer les examens) et d’une ambiance fraternelle ( « les anciens prêtaient une main secourable aux novices. J’ai appris là, sur le tas, le sens de l’organisation » ).
L’esprit des lieux et l’amour du prochain prodigué par ses familles d’accueilpoussent Trân Thanh Vân à se convertir au catholicisme en 1956 (sous le nom de Jean), la même année qu’une charmante étudiante vietnamienne en biologie végétale, Kim, sa future femme, qu’il ne rencontrera qu’en 1958, au cours d’une de ses nombreuses tournées d’ « action sociale » en faveur de ses compatriotes expatriés, quelque 150000 à Paris ( « j’ai un gros défaut : la vie communautaire m’intéresse » ). Trente-huit ans et quelques cheveux blancs plus tard, les sentiments n’ont pas pris une ride. « Nous avons le même regard , dit-il en baissant les yeux. Sans elle, je n’aurais pu faire tout ce que j’ai fait . »
En dernière année de licence, une autre rencontre, avec un homme cette fois, a déjà « totalement changé la vie » de Jean Trân Thanh Vân. Maurice Lévy, professeur de physique, lui a fait subir une épreuve orale en juin 1957 dont il se souvient encore : « Il m’a demandé ce que je comptais faire. Je lui ai répondu : « T rouver une entrée parallèle pour devenir ingénieur » . » Après cette entrevue marquante, l’étudiant fraîchement licencié déambule dans les couloirs de la Sorbonne et avise une affiche signalant un troisième cycle de physique théorique atomique et nucléaire, monté par le même Lévy. « A l’époque, le mot « atomique » était porteur, il ne suscitait pas encore de contestation . » Il s’inscrit, décroche une bourse de 350 francs ( « c’était beaucoup puisqu’un chercheur stagiaire en gagnait à peine 600 » ) et passe, en fin d’année, trois examens de six heures chacun. Un coup de massue dont il se relève sans peine pour entamer sur-le-champ une thèse avec le Pr Michel Gourdin. Sujet : « Les facteurs de forme du neutron » (autrement dit : quelle est la structure de cette particule dont le compagnon de noyau, le proton, avec un peu d’avance, venait de révéler, à Stanford, qu’il est tout sauf ponctuel). « Le professeur de Kim lui ayant suggéré de faire une demande de poste au CNRS, j’ai également postulé, fermement appuyé par Maurice Lévy . » En septembre 1958, les tourtereaux se retrouvent dans la volière géante du Centre national de la recherche scientifique. Trân a passé la même année des vacances studieuses à Cargèse (Corse) où son maître Lévy a créé une « école d’été » . « Les cours se déroulaient au bord de la mer, dans une baraque en bois. On était quinze, dont deux étudiants de première année de troisième cycle et trois de seconde année . » De retour au Laboratoire de physique théorique de l’Ecole normale supérieure, il se replonge dans sa thèse qu’il achèvera en 1963, après avoir extrait les propriétés du neutron, son condisciple Bernard Grossetête s’étant chargé de la partie expérimentale en réalisant avec brio des diffusions électron-deutéron (noyau composé d’un proton et un neutron). Il s’est depuis consacré à l’étude des interactions entre les quarks et les gluons, constituants de la matière et a élaboré avec ses collègues A. Capella, U. Sukhatme et C.I. Tan le modèle dual parton destiné à expliquer et à prédire les productions de particules dans les collisions hadoniques à très hautes énergies.
Hiver 1965. Le couple prend des bûches sur les pistes de Courchevel, l’ancienne Moriond, en compagnie d’une poignée d’amis français, en quête d’un chalet pour réunir l’année suivante vingt physiciens, théoriciens et expérimentateurs, qui s’y entasseront en janvier pour tenter de renouer le dialogue, malgré les cloisonnements imposés par le mandarinat ambiant. Les Rencontres de Moriond sont nées. Rencontres au sommet, où se retrouvera, au fil des ans, la crème fouettée par le grand air de la science mondiale.
Ces raouts des cimes feront boule de neige. Après avoir rencontré sur le parvis d’une cathédrale un prix Nobel américain, germe l’idée de marier patrimoine et science. « Ma motivation est de faire aimer les choses, de faire aimer la France. Lorsque je vis heureux quelque part, je veux partager . » Des entretiens « dans un cadre prestigieux » se tiendront pour la première fois en 1989 pour fêter dignement l’anniversaire de « la violation de CP » (l’une des symétries des interactions fondamentales entre particules(I)) et célébrer l’oeuvre de René Turlay, un Français qui a participé à cette prestigieuse découverte. Rien n’est trop beau. On dîne à la bougie dans le château de Chambord, soignés aux petits oignons par une théorie de chercheurs en livrée, les idées pétillent, les cors exultent et le maître de cérémonie et ses amis de par le monde découvrent aussi les délices culturels de la France. Royal, Jack Lang, invité à conclure, convie la noble assemblée à revenir s’entretenir dans son fief. « Les Rencontres de Blois » sont nées. Sous les lambris se côtoieront les spécialistes de l’infiniment grand et de l’infiniment petit, en tout cas infiniment convivial.
24 octobre 1995. Le Soleil a rendez-vous avec la Lune au Viêt Nam. Chaussés de lunettes en carton, quelque 300 physiciens des particules et astrophysiciens de quarante nationalités différentes lèvent le nez au ciel, juchés sur un plateau à une cinquantaine de kilomètres d’Hô Chi Minh-Ville. Tous, dont deux prix Nobel, Georges Charpak et Norman Ramsey, père des masers, sont venus assister aux « Deuxièmes Rencontres du Viêt Nam », organisés par Trân Thanh Vân pour profiter de l’éclipse et des beautés décharnées du pays, meurtri par trente ans de guerre et une longue et pénible décennie de communisme, sans parler de l’embargo américain. Thèmes vedettes : la « physique aux frontières du modèle standard » et « Le Soleil et au-delà : la perspective des hautes énergies » . Occasion aussi de nouer autour d’un verre de thé vert des liens avec les chercheurs locaux qui, depuis la fonte du glacis soviétique, ont perdu le grand frère qui accueillait chaque année dans ses universités 1 000 des plus brillants cerveaux du pays. « Nous n’avons plus la possibilité de former les jeunes. Avant, les meilleurs se dirigeaient vers la science, et les meilleurs des meilleurs vers les mathématiques. Aujourd’hui, tous se tournent vers le business » , se désole Nguyên van Hiêu, Président du Centre national des sciences et des technologies du Viêt Nam et ami communiste de trente-deux ans de Trân Thanh Vân (qui confie : « M oi, mon passé ne me permet plus de croire à une idéologie » ). Une même angoisse les unit : que le Viêt Nam ne se transforme en une Thaïlande bis, sevrée de recherche fondamentale. Et un même espoir : que les Rencontres, « conférence internationale de haut niveau », organisée avec le « soutien moral » de Jacques Chirac et Alain Juppé, revitalisent les échanges avec les universités étrangères.
« En 1970, nous avons voulu faire quelque chose de réel pour le Viêt Nam » , confie le couple Trân Thanh Vân. Pari doublement gagné puisqu’ils ont fondé, voilà vingt-cinq ans, Aide à l’enfance du Viêt N am , une organisation caritative chargée de donner « confort matériel et amour » aux enfants orphelins ou abandonnés. A Hanoi, Vinh, Danang, Dalat, Govap, les villagesSOS accueillent aujourd’hui des petits démunis par centaines. « Je n’ai pas eu de direction au départ puisque personne ne m’a conseillé. Je ne sais pas si je dois le regretter. C’est comme ça… » , confie Trân dont le parcours « s’est fait presque entièrement par hasard » et l’a mené à Gif-sur-Yvette, studieuse bourgade de la vallée de Chevreuse, dans un confortable pavillon ensoleillé dont le sous-sol abritait l’association Aide à l’enfance du Viêt Nam . Jouxtant leur villa fleurie de bambous et fleurant bon le riz, une lourde maison blanche aux volets verts, léguée par le peintre Fernand Léger au PCF, a servi de théâtre, en décembre 1972, aux négociations secrètes entre les Etats-Unis et le Viêt Nam du Nord. A deux pas de la ruche des Trân, Henry Kissinger et Le Duc Tho y scellèrent dans la douleur les accords de paix. « Je ne me pose pas beaucoup de questions philosophiques. Je ne regrette pas mes choix. Je n’ai fait qu’attraper à pleines mains les occasions qui se sont présentées » , lâche Trân Thanh Vân.Anna Alter Philippe Testard-Vaillant
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29 septembre 2010 à 7h12 #124038
Bonjour Thuong,
Grâce à toi, je viens de faire connaissance avec un homme comme j’aimerais qu’il en existe beaucoup plus !
Merci.
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29 septembre 2010 à 9h21 #124043
C’est la première fois que notre grand physicien évoque un peu son histoire me semble-t-il.
J’ai lu avec plaisir !
Merci Thuong. -
29 septembre 2010 à 17h15 #124058
Bonjour Thuong,
Merci de m’avoir fait connaître cet illustre scientifique.
Comme Buuhoa, je ne puis que souhaiter la multiplication d’hommes comme lui.
J’allais dire qu’il est un de ceux qui fait la fierté du Vietnam; mais je crois qu’on peut dire qu’il est de ceux qui fait la fierté de l’humanité.
Et l’humanité peut être faire de lui… -
30 septembre 2010 à 8h43 #124098
Bonjour anh Thuong,
merci pour l’article sur Tran Than Van.
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