Aller au contenu

Prevert et le Vietnam

  • Ce sujet est vide.
Vous lisez 22 fils de discussion
  • Auteur
    Messages
    • #78554

      bonjour robin des bois

      le poème se trouve sur le lien :  » 8 aout 1951 : Henri Martin, ancien résistant FTP, condamné à 5 ans… »
      A bientôt pour discuter plus longuement de ces gens admirables ainsi que des dokers marseillais etc.
      Un grand Merci à toi.:bye:

    • #78556
      BRIMAZ;68133 wrote:
      bonjour robin des bois

      le poème se trouve sur le lien :  » 8 aout 1951 : Henri Martin, ancien résistant FTP, condamné à 5 ans… »
      A bientôt pour discuter plus longuement de ces gens admirables ainsi que des dokers marseillais etc.
      Un grand Merci à toi.:bye:

      Vous voulez parler je suppose de ce site

      8 août 1951: Henri Martin, ancien résistant FTP, condamné à 5 ans de prison pour « tentative de démoralisation de l’armée. » (Vietnam)

      Oui mais justement la partie que j’ai pu piquer en copier/coller vient de ce site , notamment la partie du poème qui figure après ma remarque sur « l’intégralité du poème.. »

      L’oeuvre complète est beaucoup beaucoup plus longue ; d’ailleurs vous pouvez déjà comparer le texte du début figurant sur ce site internet avec celui sur mon post .. que j’ai complété avec le bouquin de Prévert

    • #78564
      thuong19
      Participant
        BRIMAZ;68133 wrote:
        bonjour robin des bois

        le poème se trouve sur le lien :  » 8 aout 1951 : Henri Martin, ancien résistant FTP, condamné à 5 ans… »
        A bientôt pour discuter plus longuement de ces gens admirables ainsi que des dokers marseillais etc.
        Un grand Merci à toi.:bye:

        Salut Brimaz, salut Robin des Bois,
        Alors là, je suis étonné de la rapidité de ta réactivité Brimaz. Connaissais-tu ce poème de Prévert par coeur et surtout les origines de son inspiration?
        pour l’histoire je poste ci-dessous le résumé assez complet d’ailleurs sur  » l’affaire Henri Martin  » dont tu as indiqué le lien:

        Quote:
        8 août 1951: Henri Martin, ancien résistant FTP, condamné à 5 ans de prison pour « tentative de démoralisation de l’armée. » (Vietnam)

        Henri Martin ex F.T.P. s’est engagé dans la Marine pour combattre les Japonais à la fin 1945. Il constate qu’il est mobilisé non contre les fascistes mais contre les Indochinois qui revendiquent leur liberté, et se retrouve sur un bateau, en compagnie de vichystes qui ont fait le coup de feu contre les gaullistes à Dakar et de GMR, milices de Pétain qui pourchassaient les résistants. Les cadavres qu’il voit flotter sur l’eau, en Indochine, ne sont pas des gens assassinés par des pillards mais de malheureux paysans tués par la Légion étrangère (composée de 40 % d’allemands, évitant ainsi les camps de prisonniers) qui massacrait et brûlait des villages. Le 14 avril 1946, il voit les habitants de Haiphong mourir de faim. Redescendu dans le Sud, son bateau participe avec l’aviation au blocus du Nord en coulant les jonques qui transportent du riz depuis le Sud. « Je me souviens quant on a tué le petit môme […] C’était des civils avec un bébé […] Je conduisais le canot […] C’est moi qui ai amené la mort avec deux fusils-mitrailleurs. C’est une complicité d’assassinat. » Il participe au bombardement de Haiphong du 23 novembre 1946.
        Revenu en France en décembre 1946, il distribue des tracts à Toulon invitant les marins à réclamer la cessation des hostilités en Indochine. Il est arrêté et condamné à 5 ans de prison et à la dégradation militaire.
        Le PCF prend sa défense ainsi qu’un collectif d’intellectuels dont Jean-Paul Sartre qui publie, fin 1953, le livre L’affaire Henri Martin où Prévert écrit ceci:

        …Et le « ceci  » sera le poème de Prévert cité par Robin des Bois.
        Je complèterai la liste du collectif d’intellectuels avec Vercors, Hervé Bazin et JM Domenach.
        C’est rappeler une certaine époque incertaine de la lutte du peuple viêtnamien pour sa liberté et son indépendance.:jap:

      • #78580
        Ti Ngoc
        Participant
          robin des bois;68124 wrote:
          Que je vous raconte:

          Et en feuilletant je tombe sur ce poème…

          j’en suis encore tout retourné… Vous le connaissiez ?

          Entendez-vous gens du Vietnam

          Entendez-vous
          Entendez-vous gens du Vietnam
          entendez-vous dans vos campagnes
          dans vos rizières dans vos montagnes…
          Oui nous les entendons
          Ces êtres inférieurs
          architectes danseurs pêcheurs et mineurs
          jardiniers et sculpteurs tisserands ou chasseurs paysans et pasteurs artisans et dockers
          coolies navigateurs

          Ces êtres inférieurs
          ne savaient haïr que la haine
          ne méprisaient que le mépris
          Ces êtres inférieurs
          ne craignaient gère la mort
          tant ils aimaient l’amour
          tant ils vivaient la vie
          et leur vie quelquefois était belle comme le jour
          et le sang de la lune courait sur les rizières
          et le jour lui aussi était beau comme la nuit

          Il y avait aussi la faim et la misère
          les très mauvaise fièvres et le trop dur labeur

          Mais le jour était beau comme la nuit
          le soleil fou dansait dans les yeux des jeunes filles
          et la nuit était belle comme le jour
          la lune folle dansait seule sur la mer
          la misère se faisait une beauté pour l’amour

          Et les enfants en fête malgré le Mauvais Temps
          jouaient avec les bêtes en pourchassant le vent

          Mais
          il y avait aussi et venant de très loin
          les Monopolitains
          ceux de la Métropole et de l’appât du gain
          Négociants trafiquants notables résidents avec les
          légionnaires les expéditionnaires et les concessionnaires
          et les hauts commissaires
          Et puis les missionnaires et les confessionnaires
          venus là pour soigner leurs frères inférieurs
          venus pour les guérir de l’amour de la vie
          cette vieille et folle honteuse maladie
          Et cela depuis fort longtemps
          bien avant la mortd e Louis XVI
          bein avnt l’exploitation et l’exportation
          de la Marseillaise
          Et la misère était cotée en Bourse
          sous le couvert
          et dans les plis et replis du pavillon tricolore

          Et puis une dernière fois ce fut encore la Grande Guerre
          ses nouvelles financières et ses hauts faits divers
          comme elle était Mondiale
          des français déclassés grands caïds du Viet Nam
          avec les chefs du gang de l’empire du Milieu
          se partageaient déjà comme barons en foire
          les morceaux du gâteau
          des lambeaux de pays
          avec l’assentiment de S.M. Bao-Daî

          … Soudain
          sont emportés dans les rapides de l’Histoire
          leurs bateaux de papier monnaie
          et comme dans les livres d’histoire importés de la métropole
          on proclame au Viêt Nam
          les Droits de l’homme
          … Et les Grands Planteurs d’Hévéas les Seigneurs de la
          Banque d’Indochine et les Grands Charbonniers du
          Tonkin
          en appellent sans plus tarder à la Quatrième République
          empirique apostolique et néo-démocratique
          Alors
          la fille aînée de l’Église
          son sang ne fait qu’un tour

          Un pauvre capucin et grand amiral des Galères
          arrive à fond de train par la mer
          et après avoir fait les sommations d’usage
          Ceci est mon corps expéditionnaire
          Ceci est votre sang
          à coup de droit canon il sermonne Haiphong
          des anges exterminateurs accomplissent leur mission
          et déciment la population
          Simple petit carnage
          présages dans le ciel
          sévère mais salutaire leçon
          Et vogue la galère
          après avoir bien joué son beau rôle dans l’Histoire
          l’Amiral se retire dans sa capucinière
          en dédaignant la gloire

          Et le temps fait semblant seulement de passer
          le temps du halte-là reste là l’arme au pied
          les temps des cerisiers en fleurs arrachés à la terre et volatilisés
          Et malgré d’inquiétantes menaces de paix
          les gens du trafic des piastres
          fêtent toutes les fêtes et sans en oublier

          Cependant que très loin on allume des lampions
          des lampions au napalm sur de pauvres paillotes
          et des femmes et des hommes des enfants du Viêt Nam
          dorment les yeux grands ouverts sur la terre brûlée
          et c’est comme Oradour
          c’est comme Madagascar et comme Guernica
          et c’est en plus modeste tout comme Hiroshima

          Et le temps reste là sur le qui- vive
          le temps du Halte -là
          le temps du désespoir
          et de la connerie noire
          Et la grande main-d’oeuvre jaune
          caresse tristement ses rizières ses forêts
          ses outils et ses champs son bétail affamé

          Des voix chantent
          Nous n’aimions pas notre misère
          mais avec elle nous pouvions lutter
          et quand parfois elle touchait terre
          sur cette pauvre terre nous pouvions respirer
          Vous
          qu’en avez vous fait
          Elle était lourde notre misère
          vous le saviez
          vous en avez déjà tiré plus que son pesant d’or
          Fous que vous êtes
          que voulez vous encore

          Aux voix de la main d’oeuvre jaune
          répondait une voix d’or
          une voix menaçante et radiodiffusée
          et la main-d’oeuvre se serrait
          la mort avançait

          Sourdes mais claires
          des voix chantaient
          Si la petite main d’oeuvre jaune
          et la très grande main d’or blanc
          coudes sur table et poing serrés
          se rencontraient
          elle ne tiendrait pas longtemps en l’air
          la blême menotte d’acier
          tâchée de sang caillé

          Longtemps en l’air
          c’est une façon de parler

          Et la voix d’or hurlait
          sur un ton aphonique délicat cultivé
          Feu à volonté
          Et les hommes de main d’or
          recrutés et parqués et fraîchement débarqués
          venant rétablir l’Ordre
          mitraillaient
          incendiaient

          Mais
          La main d’oeuvre jaune elle aussi
          se mé-ca-ni-sait
          Triste et graves
          mais résignées des voix chantaient

          Que voulez-vous
          on nous attaque à la machine
          se défendre à la main
          ne serait pas civilisé
          on nous traitreait encore de sauvages
          et d’arriérés
          on nous blâmerait

          Et l’empereur Bao-Daî
          partait « en permission »
          sur la Côte d’Azur
          c’est comme cela que les journaux annonçaient ses
          visites fébriles et affairées

          Là-bas
          sur le théâtre des Opérations bancaires
          le corps expéditionnaire
          n’avait plus les mêmes succès
          et dans de merveilleux décors
          tombaient les pauvres figurants de la mort
          Seuls les gens du trafic des piastres
          criaient bis et applaudissait
          Ici on criait Encore
          ailleurs on criait Assez
          plus loin on criait la Paix
          et des messieurs du meilleur monde fort discrètement
          s’éclipsaient

          Tout cela n’était pas une petite affaire
          les grandes compagnies internationales des Monopolitains
          alertaient leurs meilleurs experts
          leurs plus subtils tacticiens
          L’un d’eux
          un trépidant infatigable petit mégalomane d’une étourdissante
          et opiniâtre médiocrité
          et qui s’était couvert de gloire fiduciaire pendant la seconde
          guerre mondiale sur la route coupée du fer dans la plaie
          atterrit en coup de vent au Viet-Nam:jap:

          « Entendez-vous gens du Viet Nam » Jacques Prévert « La Pluie et le beau temps » (coll. Folio 1978)

        • #78588

          Je redécouvre Prévert, un poète que j’aimais beaucoup, mais que j’ai un peu oublié !

          Je n’avais jamais remarqué ce poème, pourtant, je me souviens avoir acheté le petit bouquin dont parle ChantalNgoc car le titre me plaisait beaucoup !

          Je ne le retrouve pas dans ma bibliothèque, il fut certainement donné à un de mes enfants… à qui j’ai inoculé le virus de la lecture et l’amour des beaux textes…

          Je n’avais pas, à l’époque, remarqué ce poème sur les Vietnamiens, parce que mon esprit occultait encore tout mon passé vietnamien, cause de souffrance…

          Maintenant, je suis en paix et désireuse d’en connaître plus sur mon pays natal et ce Forum m’aide beaucoup : merci donc à vous tous qui m’aidez, par vos posts, à « la recherche du temps passé »…

        • #78596
          Nem Chua
          Participant

            Superbe.

            Superbe aussi la réactivité de Brimaz et de ChantalNgoc, preuve s’il en faut de la vivacité des sentiments que nous avons pour le Vietnam, et du talent de Prévert pour les faire s’exprimer.

            Merci Robin.

          • #78608
            Nem Chua;68178 wrote:
            Superbe.

            Superbe aussi la réactivité de Brimaz et de ChantalNgoc, preuve s’il en faut de la vivacité des sentiments que nous avons pour le Vietnam, et du talent de Prévert pour les faire s’exprimer.

            Merci Robin.

            Merci pour la version de ChantalNgoc qui couvre presque tout , mais je pense que d’après ce que j’ai, il en manque un peu.. disons 5%.. dont tout un texte à la fin sur Henri Martin, plus un passage de poésie vers le mileu du poème..

            Le passage manquant à la partie poésie :

            Soudain
            sont emportés dans les rapides de l’Histoire
            leurs bateaux de papier monnaie
            et comme dans les livres d’histoire importés de la Métropole
            on proclame au Viêt Nam
            les Droits de l’homme
            Quoi
            ces gens qui crient famine sous prétexte qu’ils n’ont pas grand-chose à manger
            et qui s’ils étaient mieux nourris crieraient encore que c’est mauvais
            nous savons trop bien qui les mène
            et où on veut les emmener

            Et les Grands Planteurs d’Hévéas les Seigneurs de la Banque d’Indochine et les Grands Charbonniers du Tonkin
            en appellent sans plus tarder à la Quatrième République empirique apostolique et néo-démocratique
            Alors
            la fille aînée de l’Église
            son sang ne fait qu’un tour

            réedition: je m’aperçois qu’il manque aussi un morceau là

            Et malgré d’inquiétantes menaces de paix
            les gens du trafic des piastres
            fêtent toutes les fêtes et sans en oublier

            et l’on réveillonne à Noël comme au bon vieux pays
            à Saïgon à Hanoï
            et l’on fête l’Armistice et la Libération
            comme le Quatorze Juillet la prise de la Bastille
            sans façon

            Cependant que très loin on allume des lampions
            des lampions au napalm sur de pauvres paillotes

            (ps : le texte final me parait très curieux et je ne le comprends pas bien d’ailleurs : faudra que je vous le tape un jour , car quelqu’un de F-V trouvera sans doute une explication)

          • #78609
            thuong19
            Participant

              Merci Robin, Brimaz et Chantalngoc , pour nous rappeler ce poème bien méconnu de Jacques Prévert .
              Et n’étant pas un littéraire, je ne connaissais de Prévert que le recueil « Paroles ». Pour moi, c’est une bien belle découverte.
              Je ne savais pas que l’histoire d’Henri Martin, lui avait inspiré ce poème.:bye:

            • #78611

              merci chantalngoc,

              J’ai donné le lien « Henri Martin » pour que Robin ait le contexte historique mais je n’ai pas eu le temps de comparer le poème avec celui de  » la pluie et le beau temps » en effet plus complet.
              Oui thuong, je connaissais ce poème de Prévert, mais sûrement pas par coeur! merci à tous de penser à la poésie.
              A bientôt:bye:

            • #78619
              Ti Ngoc
              Participant
                robin des bois;68192 wrote:
                Merci pour la version de ChantalNgoc qui couvre presque tout , mais je pense que d’après ce que j’ai, il en manque un peu.. disons 5%.. dont tout un texte à la fin sur Henri Martin, plus un passage de poésie vers le mileu du poème..

                Le passage manquant à la partie poésie :

                Soudain
                sont emportés dans les rapides de l’Histoire
                leurs bateaux de papier monnaie
                et comme dans les livres d’histoire importés de la Métropole
                on proclame au Viêt Nam
                les Droits de l’homme
                Quoi
                ces gens qui crient famine sous prétexte qu’ils n’ont pas grand-chose à manger
                et qui s’ils étaient mieux nourris crieraient encore que c’est mauvais
                nous savons trop bien qui les mène
                et où on veut les emmener

                Et les Grands Planteurs d’Hévéas les Seigneurs de la Banque d’Indochine et les Grands Charbonniers du Tonkin
                en appellent sans plus tarder à la Quatrième République empirique apostolique et néo-démocratique
                Alors
                la fille aînée de l’Église
                son sang ne fait qu’un tour

                réedition: je m’aperçois qu’il manque aussi un morceau là

                Et malgré d’inquiétantes menaces de paix
                les gens du trafic des piastres
                fêtent toutes les fêtes et sans en oublier
                et l’on réveillonne à Noël comme au bon vieux pays
                à Saïgon à Hanoï
                et l’on fête l’Armistice et la Libération
                comme le Quatorze Juillet la prise de la Bastille
                sans façon

                Cependant que très loin on allume des lampions
                des lampions au napalm sur de pauvres paillotes

                (ps : le texte final me parait très curieux et je ne le comprends pas bien d’ailleurs : faudra que je vous le tape un jour , car quelqu’un de F-V trouvera sans doute une explication)

                oui,Robin des Bois après vérification , je viens de me rendre compte que j’ai OUBLIE de recopier les deux parties que vous avez citées
                Milles excuses:jap:

              • #78621
                chantalngoc;68203 wrote:
                oui,Robin des Bois après vérification , je viens de me rendre compte que j’ai OUBLIE de recopier les deux parties que vous avez citées
                Milles excuses:jap:

                Mais non mais non

                Et svp, vous n’auriez pas par hasard la fin du texte de Prévert sur Internet? (qui est plutôt de la prose )

                Cà m’éviterait de le retaper .. merci d’avance de bien vouloir regarder

              • #78622
                Ti Ngoc
                Participant
                  robin des bois;68124 wrote:

                  Entendez-vous gens du Vietnam

                  Entendez-vous
                  Entendez-vous gens du Vietnam
                  entendez-vous dans vos campagnes
                  dans vos rizières dans vos montagnes…
                  Oui nous les entendons
                  Ces êtres inférieurs
                  architectes danseurs pêcheurs et mineurs
                  jardiniers et sculpteurs tisserands ou chasseurs paysans et pasteurs artisans et dockers
                  coolies navigateurs

                  Ces êtres inférieurs
                  ne savaient haïr que la haine
                  ne méprisaient que le mépris
                  Ces êtres inférieurs
                  ne craignaient gère la mort
                  tant ils aimaient l’amour
                  tant ils vivaient la vie
                  et leur vie quelquefois était belle comme le jour
                  et le sang de la lune courait sur les rizières
                  et le jour lui aussi était beau comme la nuit

                  Il y avait aussi la faim et la misère
                  les très mauvaise fièvres et le trop dur labeur

                  Mais le jour était beau comme la nuit
                  le soleil fou dansait dans les yeux des jeunes filles
                  et la nuit était belle comme le jour
                  la lune folle dansait seule sur la mer
                  la misère se faisait une beauté pour l’amour

                  Et les enfants en fête malgré le Mauvais Temps
                  jouaient avec les bêtes en pourchassant le vent

                  Mais
                  il y avait aussi et venant de très loin
                  les Monopolitains
                  ceux de la Métropole et de l’appât du gain
                  Négociants trafiquants notables résidents avec les
                  légionnaires les expéditionnaires et les concessionnaires
                  et les hauts commissaires
                  Et puis les missionnaires et les confessionnaires
                  venus là pour soigner leurs frères inférieurs
                  venus pour les guérir de l’amour de la vie
                  cette vieille et folle honteuse maladie
                  Et cela depuis fort longtemps
                  bien avant la mortd e Louis XVI
                  bein avnt l’exploitation et l’exportation
                  de la Marseillaise
                  Et la misère était cotée en Bourse
                  sous le couvert
                  et dans les plis et replis du pavillon tricolore

                  Et puis une dernière fois ce fut encore la Grande Guerre
                  ses nouvelles financières et ses hauts faits divers
                  Comme elle était mondiale
                  Des français déclassés grands caids du VietNam
                  avec les chefs du gang de l’empire du Milieu
                  se partageaient déjà comme barons en foire
                  les morceaux du gâteau
                  des lambeaux de pays
                  avec l’assentiment de S.M. Bao-Dai

                  … Soudain
                  sont emportés dans les rapides de l’Histoire
                  leurs bateaux de papier monnaie
                  et comme dans les livres d’histoire importés de la métropole
                  on proclame au Viêt Nam
                  les Droits de l’homme
                  … Et les Grands Planteurs d’Hévéas les Seigneurs de la
                  Banque d’Indochine et les Grands Charbonniers du
                  Tonkin
                  en appellent sans plus tarder à la Quatrième République
                  empirique apostolique et néo-démocratique
                  Alors
                  la fille aînée de l’Église
                  son sang ne fait qu’un tour

                  Un pauvre capucin et grand amiral des Galères
                  arrive à fond de train par la mer
                  et après avoir fait les sommations d’usage
                  Ceci est mon corps expéditionnaire
                  Ceci est votre sang
                  à coup de droit canon il sermonne Haiphong
                  des anges exterminateurs accomplissent leur mission
                  et déciment la population
                  Simple petit carnage
                  présages dans le ciel
                  sévère mais salutaire leçon
                  Et vogue la galère
                  après avoir bien joué son beau rôle dans l’Histoire
                  l’Amiral se retire dans sa capucinière
                  en dédaignant la gloire

                  Et le temps fait semblant seulement de passer
                  le temps du halte-là reste là l’arme au pied
                  les temps des cerisiers en fleurs arrachés à la terre et volatilisés
                  Et malgré d’inquiétantes menaces de paix
                  les gens du trafic des piastres
                  fêtent toutes les fêtes et sans en oublier

                  Cependant que très loin on allume des lampions
                  des lampions au napalm sur de pauvres paillotes
                  et des femmes et des hommes des enfants du Viêt Nam
                  dorment les yeux grands ouverts sur la terre brûlée
                  et c’est comme Oradour
                  c’est comme Madagascar et comme Guernica
                  et c’est en plus modeste tout comme Hiroshima

                  Et le temps reste là sur le qui vive
                  le temps du Halte- là
                  le temps du désespoir

                • #78625
                  chantalngoc;68206 wrote:
                  Et le temps reste là sur le qui vive
                  le temps du Halte- là
                  le temps du désespoir

                  Non là vous êtes « égarée » .. passage déjà cité et loin de la fin

                  Moi j’en suis vraiment à la fin avec ce passage sur lequel vous avez terminé :

                  L’un d’eux
                  un trépidant infatigable petit mégalomane d’une étourdissante et opiniâtre médiocrité
                  et qui s’était couvert de gloire fiduciaire pendant la seconde
                  guerre mondiale sur la route coupée du fer dans la plaie
                  atterrit en coup de vent au Viet-Nam

                  Et en moins de temps qu’il ne mit un peu plus tard à l’écrire
                  trouva la solution de cet interminable conflit

                  Pour arrêter ou améliorer la regrettable et nécesaire guerre du Vietnam, il suffit, c’est tellement simple, de mettre le Vietnam dans la guerre

                  Et résumant cette solution en un slogan d’une indéniable efficacité
                  Virilité rapidité

                  il reprend l’avion
                  non sans avoir donné de très judicieuses précisions

                  Des Français et des Vietnamiens se faisaient tuer pour protéger la vie et la fortune des gens qui entassaient d’immenses richesses, pour ne parler que de Chinois de Saïgon ou de Vietnamiens d’Hanoï, et tout cela aux frais du contribuable français.
                  Dès lors, une seule solution: créer une armée proprement vietnamienne assez puissante pour rétablir l’ordre, puisque c’est au Vietnam (Tonkin, Annam, Cochinchine), pays de vingt-cinq millions d’habitants, que se fait la guerre.C’est par la création de cette armée nationale que le peuple vietnamien prendra pleinement conscience de son indépendance. Il faut que cette guerre, opù se jouent l’indépendance du vietnam, les libertés et la fortune de ses citoyens, soient considérée par lui comme sa guerre. Il faut que ses élites cessent d’être « attentistes », soucieuses de ne pas se compromettre dans l’hypothèse d’une victoire des communistes.
                  Il faut que ce soit une guerre faite par le Vietnam avec l’aide de la France, et non une guerre faite par la France avec l’aide du Vietnam.

                  C’est d’abord un état d’esprit à créer, celui que ce vieux lion qu’est le président Syngman RHEE a su créer en Corée.
                  Et ce sont des réformes profondes à faire.

                  Pourquoi gardez-vous en prison
                  et depuis déjà plusieurs années
                  un marin qui s’appelle Henri Martin ?
                  1952

                • #78627
                  Ti Ngoc
                  Participant
                    robin des bois;68124 wrote:
                    :

                    … Soudain
                    sont emportés dans les rapides de l’Histoire
                    leurs bateaux de papier monnaie
                    et comme dans les livres d’histoire importés de la métropole
                    on proclame au Viêt Nam
                    les Droits de l’homme

                    Quoi
                    ces gens qui crient famine sous prétexte qu’ils n’ont pas
                    grand chose à manger
                    et qui s’ils étaient mieux nourris crieraient encore que
                    c’est mauvais
                    nous savons très bien qui les mène
                    et où on veut les emmener

                    … Et les Grands Planteurs d’Hévéas les Seigneurs de la
                    Banque d’Indochine et les Grands Charbonniers du
                    Tonkin
                    en appellent sans plus tarder à la Quatrième République
                    empirique apostolique et néo-démocratique
                    Alors
                    la fille aînée de l’Église
                    son sang ne fait qu’un tour

                    Un pauvre capucin et grand amiral des Galères
                    arrive à fond de train par la mer
                    et après avoir fait les sommations d’usage
                    Ceci est mon corps expéditionnaire
                    Ceci est votre sang
                    à coup de droit canon il sermonne Haiphong
                    des anges exterminateurs accomplissent leur mission
                    et déciment la population
                    Simple petit carnage
                    présages dans le ciel
                    sévère mais salutaire leçon
                    Et vogue la galère
                    après avoir bien joué son beau rôle dans l’Histoire
                    l’Amiral se retire dans sa capucinière
                    en dédaignant la gloire

                    Et le temps fait semblant seulement de passer
                    le temps du halte-là reste là l’arme au pied
                    les temps des cerisiers en fleurs arrachés à la terre et volatilisés
                    Et malgré d’inquiétantes menaces de paix
                    les gens du trafic des piastres
                    fêtent toutes les fêtes et sans en oublier

                    et l’on réveillonne à Noël comme au bon vieux pays
                    à Saigon à Hanoï
                    et l’on fête l’armistice et la libération
                    comme le 14 juillet la prise de la Bastille
                    sans façon


                    Cependant que très loin on allume des lampions
                    des lampions au napalm sur de pauvres paillotes
                    et des femmes et des hommes des enfants du Viêt Nam
                    dorment les yeux grands ouverts sur la terre brûlée
                    et c’est comme Oradour
                    c’est comme Madagascar et comme Guernica
                    et c’est en plus modeste tout comme Hiroshima

                    Et en moins de temps qu’il ne mit un peu plus tard à l’écrire
                    trouva la solution de cet interminable conflit

                    Pour arrêter ou améliorer la regrettable et nécessaire guerre du Vietnam, il suffit, c’est tellement simple, de mettre le Viet-Nam dans la guerre.

                    Et résumant cette solution en un slogan d’une indéniable efficacité

                    Virilité rapidité

                    Il reprend l’avion
                    non sans avoir donné de très judicieuses précisions

                    des français et des vietnamiens se faisaient tuer pour protéger la vie et la fortune des gens qui entassaient d’immenses richesses, pour ne parler que de chinois de Saigon et de vietnamiens d’Hanoi, et de tout cela aux frais du contribuable français.
                    Dès lors , une seule solution: créer une armée proprement vietnamienne assez puissante pour rétablir l’ordre, puisque c’est au Viet-Nam (Tonkin, Annam, Cochinchine), pays de vingt-cinq millions d’habitants, qui se fait la guerre. C’est par la création de cette armée nationale que le peuple vietnamien prendra pleinement conscience de son indépendance. Il faut que cette guerre, où se jouent l’indépendance du Viet-Nam, les libertés et la fortune de ses citoyens, soit considérée par lui comme sa guerre. Il faut que ses élites cessent d’être « attentistes », soucieuses de ne pas se compromettre dans l’hypothèse d’une victoire des communistes.
                    Il faut que ce soit une guerre faite par le Viet-Nam avec l’aide de la France et non une guerre faite par la France avec l’aide du Viet-Nam
                    C’est d’abord un état d’esprit à créer, celui que ce vieux lion qu’est le président Syngman Rhee a su créer en Corée
                    Et ce sont des réformes profondes à faire.

                    Pourquoi gardez vous en prison
                    et depuis plusieurs années
                    un marin qui s’appelle Henri Martin?
                    1952

                    (Voilà RDB, j’espère n’avoir oublié aucun passage)

                  • #78629
                    Ti Ngoc
                    Participant

                      Robin des bois
                      comme je ne sais toujours pas multiciter des passages, j’ai du reprendre  » vos » posts pour y insérer les paragraphes manquants.

                    • #78630
                      yen

                        Robin, Chantalgnoc,

                        Merci, pour ce poéme qui prend aux tripes. Je ne le connaissais pas. yen

                      • #78647
                        yen;68215 wrote:
                        Robin, Chantalgnoc,

                        Merci, pour ce poéme qui prend aux tripes. Je ne le connaissais pas. yen

                        Au plan de la poésie pure .. sans prendre en compte donc la valeur Historique du document dans son contexte de 1952,

                        je trouve ce passage là superbe :

                        Ces êtres inférieurs
                        ne savaient haïr que la haine
                        ne méprisaient que le mépris
                        Ces êtres inférieurs
                        ne craignaient guère la mort
                        tant ils aimaient l’amour
                        tant ils vivaient la vie
                        et leur vie quelquefois était belle comme le jour
                        et le sang de la lune courait sur les rizières
                        et le jour lui aussi était beau comme la nuit

                        Il y avait aussi la faim et la misère
                        les très mauvaise fièvres et le trop dur labeur

                        Mais le jour était beau comme la nuit
                        le soleil fou dansait dans les yeux des jeunes filles
                        et la nuit était belle comme le jour
                        la lune folle dansait seule sur la mer
                        la misère se faisait une beauté pour l’amour

                        Et les enfants en fête malgré le Mauvais Temps
                        jouaient avec les bêtes en pourchassant le vent

                        dont ces 4 vers que je trouve superbes :

                        –  » et le sang de la lune courait sur les rizières »

                        –  » la misère se faisait une beauté pour l’amour « 

                        -« et les enfants en fête malgré le Mauvais Temps
                        jouaient avec les bêtes en pourchassant le vent »

                        Mais svp quelqu’un a-t-il des précisions sur la signification et le contexte historique de la partie finale du texte de Prévert?
                        (en dehors de l’interrogation sur Henri Martin le marin emprisonné)

                      • #78681
                        yen

                          Robin, bonjour
                          Je n’avais jamais lu à ce jour, un poéme d’une telle intensité d’une telle beauté.
                          Si j’en avais la possibilité, je donnerai en lecture, cet écrit à tous les adolescents lycéens , étudiants, et à « TOUS LES HOMMES DE BONNE VOLONTE » Je paraphraserai…. « et quelle co…, la guerre ».
                          bonne journée yen

                        • #78686

                          Merci Robin,
                          Je ne connaissais pas « Entendez-vous gens du Vietnam »
                          C’est un poeme d’un qui a choisi son camp ; celui des tirailles.
                          En fait, je ne savais pas qu’il avait proteste aussi directement contre la « re-occupation de l’Indochine ».
                          Ca decoiffe, et pourtant, ca ne ressemble pas a la 317 eme section de Shoendorffer.
                          Ca rappelle « Lettres de Iles Baladar » du meme Jacques PREVERT en plus direct.

                          Il a pondu ca apres: ce n’est pas trop mal non plus, mais c’est moins Vietnamien.

                          Etrange Etrangers
                          Kabyles de la Chapelle et des quais de Javel
                          Homme des pays loin
                          Cobayes des colonies
                          Doux petits musiciens
                          Soleils adolescents de la porte d’Italie
                          Boumians de la porte Saint-Ouen
                          Apatrides d’Aubervilliers
                          Brûleur de grandes ordures de la ville de Paris
                          ébouillanteurs des bêtes trouvés mortes sur pied
                          Au beau milieu des rues
                          Tunisien de Grenelle
                          Embeauchés débauchés
                          Manœuvres désoeuvrés
                          Polacks du Marais du Temple des RosiersCordonniers de Cordoue soutiers de Barcelone
                          Pêcheurs des Baléares ou du cap Finisterre
                          Rescapé Franco
                          Et déportés de France Navarre
                          Pour avoir défendu en souvenir de la vôtre
                          La liberté des autres
                          Esclaves noirs de Fréjus
                          Tiraillés et parqués
                          Au bord d’une petite mer
                          Où peu vous vous baignezEsclave noirs de Fréjus
                          Qui évoquez chaque soir
                          Dans les locaux disciplinaires
                          Avec une vielle boîte à cigares
                          Et quelques bouts de fil de fer
                          Tous les échos de vos villages
                          Tous les oiseaux de vos forets
                          Et ne venez dans la capitale
                          Que pour fêter au pas cadencé
                          La prise de la Bastille le quatorze juillet

                          Enfants du Sénégal
                          Dépatriés expatriés et naturalisé
                          Enfants indochinois
                          Jongleurs aux innocents couteaux
                          Qui viendrez autrefois aux terrasses des cafés
                          Des jolis dragons d’or faits de papier pliéEnfant trop tôt grandi et si vite en allé
                          Qui dormez aujourd’hui de retour au pays
                          Le visage dans la terre
                          Et des bombes incendiaires labourant vos rizières
                          On vous a renvoyé
                          La monnaie de vos papiers dorés
                          On vous a retourné
                          Vos petits couteaux dons le dos
                          Etranges étrangers
                          Vous êtes de la ville
                          Vous êtes de sa vie
                          Même si mal en vivez
                          Même si vous en mourez.

                          Indochine, Algérie : « du bon usage colonial » du napalm – l’Humanite
                          (…)
                          Prévert, peut-être le premier, avait lancé un cri d’alarme, dès 1953 :
                          « Cependant que très loin on allume des lampions des lampions au napalm sur de pauvres paillotes et des femmes et des hommes des enfants du Vietnam dorment les yeux grands ouverts sur la terre brûlée…

                        • #78694

                          bonjour à tous, avons-nous enfin le poème complet? Sinon je suggère que nous allions voir dans les « Oeuvres Complètes » de Prévert. La Pléiade. Gallimard 1992.
                          A bientôt pour l’analyse des quatre derniers vers tous ensemble? Bonne journée

                        • #78706
                          Ti Ngoc
                          Participant

                            Bonjour

                            A la page 2 de ce topic j’ai replacé les paragraphes que j’avais oubliés de recopier
                            et à la page 1 de ce même topic il y a l’autre partie du poème
                            le poème est complet

                            il faudrait que je recolle tous les passages, mais je ne sais pas comment faire

                          • #78740
                            Ti Ngoc
                            Participant

                              Entendez-vous gens du Vietnam
                              Entendez-vous
                              Entendez-vous gens du Vietnam
                              entendez-vous dans vos campagnes
                              dans vos rizières dans vos montagnes…

                              Oui nous les entendons
                              Ces êtres inférieurs
                              architectes danseurs pêcheurs et mineurs
                              jardiniers et sculpteurs tisserands ou chasseurs paysans et pasteurs artisans et dockers
                              coolies navigateurs

                              Ces êtres inférieurs
                              ne savaient haïr que la haine
                              ne méprisaient que le mépris

                              Ces êtres inférieurs
                              ne craignaient gère la mort
                              tant ils aimaient l’amour
                              tant ils vivaient la vie
                              et leur vie quelquefois était belle comme le jour
                              et le sang de la lune courait sur les rizières
                              et le jour lui aussi était beau comme la nuit

                              Il y avait aussi la faim et la misère
                              les très mauvaise fièvres et le trop dur labeur

                              Mais le jour était beau comme la nuit
                              le soleil fou dansait dans les yeux des jeunes filles
                              et la nuit était belle comme le jour
                              la lune folle dansait seule sur la mer
                              la misère se faisait une beauté pour l’amour

                              Et les enfants en fête malgré le Mauvais Temps
                              jouaient avec les bêtes en pourchassant le vent


                              Mais
                              il y avait aussi et venant de très loin
                              les Monopolitains
                              ceux de la Métropole et de l’appât du gain
                              Négociants trafiquants notables résidents avec les
                              légionnaires les expéditionnaires et les concessionnaires
                              et les hauts commissaires
                              Et puis les missionnaires et les confessionnaires
                              venus là pour soigner leurs frères inférieurs
                              venus pour les guérir de l’amour de la vie
                              cette vieille et folle honteuse maladie
                              Et cela depuis fort longtemps
                              bien avant la mortd e Louis XVI
                              bein avnt l’exploitation et l’exportation
                              de la Marseillaise
                              Et la misère était cotée en Bourse
                              sous le couvert
                              et dans les plis et replis du pavillon tricolore

                              Et puis une dernière fois ce fut encore la Grande Guerre
                              ses nouvelles financières et ses hauts faits divers
                              Comme elle était mondiale
                              Des français déclassés grands caids du VietNam
                              avec les chefs du gang de l’empire du Milieu
                              se partageaient déjà comme barons en foire
                              les morceaux du gâteau
                              des lambeaux de pays
                              avec l’assentiment de S.M. Bao-Dai

                              Soudain
                              sont emportés dans les rapides de l’Histoire
                              leurs bateaux de papier monnaie
                              et comme dans les livres d’histoire importés de la métropole
                              on proclame au Viêt Nam
                              les Droits de l’homme

                              Quoi
                              ces gens qui crient famine sous prétexte qu’ils n’ont pas
                              grand chose à manger
                              et qui s’ils étaient mieux nourris crieraient encore que
                              c’est mauvais
                              nous savons très bien qui les mène
                              et où on veut les emmener

                              … Et les Grands Planteurs d’Hévéas les Seigneurs de la
                              Banque d’Indochine et les Grands Charbonniers du
                              Tonkin
                              en appellent sans plus tarder à la Quatrième République
                              empirique apostolique et néo-démocratique
                              Alors
                              la fille aînée de l’Église
                              son sang ne fait qu’un tour

                              Un pauvre capucin et grand amiral des Galères
                              arrive à fond de train par la mer
                              et après avoir fait les sommations d’usage
                              Ceci est mon corps expéditionnaire
                              Ceci est votre sang
                              à coup de droit canon il sermonne Haiphong
                              des anges exterminateurs accomplissent leur mission
                              et déciment la population
                              Simple petit carnage
                              présages dans le ciel
                              sévère mais salutaire leçon

                              Et vogue la galère
                              après avoir bien joué son beau rôle dans l’Histoire
                              l’Amiral se retire dans sa capucinière
                              en dédaignant la gloire

                              Et le temps fait semblant seulement de passer
                              le temps du halte-là reste là l’arme au pied
                              les temps des cerisiers en fleurs arrachés à la terre et volatilisés

                              Et malgré d’inquiétantes menaces de paix
                              les gens du trafic des piastres
                              fêtent toutes les fêtes et sans en oublier

                              et l’on réveillonne à Noël comme au bon vieux pays
                              à Saigon à Hanoï
                              et l’on fête l’armistice et la libération
                              comme le 14 juillet la prise de la Bastille
                              sans façon


                              Cependant que très loin on allume des lampions
                              des lampions au napalm sur de pauvres paillotes
                              et des femmes et des hommes des enfants du Viêt Nam
                              dorment les yeux grands ouverts sur la terre brûlée
                              et c’est comme Oradour
                              c’est comme Madagascar et comme Guernica
                              et c’est en plus modeste tout comme Hiroshima

                              Et le temps reste là sur le qui- vive
                              le temps du Halte -là
                              le temps du désespoir
                              et de la connerie noire
                              Et la grande main-d’oeuvre jaune
                              caresse tristement ses rizières ses forêts
                              ses outils et ses champs son bétail affamé

                              Des voix chantent
                              Nous n’aimions pas notre misère
                              mais avec elle nous pouvions lutter
                              et quand parfois elle touchait terre
                              sur cette pauvre terre nous pouvions respirer
                              Vous
                              qu’en avez vous fait
                              Elle était lourde notre misère
                              vous le saviez
                              vous en avez déjà tiré plus que son pesant d’or
                              Fous que vous êtes
                              que voulez vous encore

                              Aux voix de la main d’oeuvre jaune
                              répondait une voix d’or
                              une voix menaçante et radiodiffusée
                              et la main-d’oeuvre se serrait
                              la mort avançait

                              Sourdes mais claires
                              des voix chantaient
                              Si la petite main d’oeuvre jaune
                              et la très grande main d’or blanc
                              coudes sur table et poing serrés
                              se rencontraient
                              elle ne tiendrait pas longtemps en l’air
                              la blême menotte d’acier
                              tâchée de sang caillé

                              Longtemps en l’air
                              c’est une façon de parler

                              Et la voix d’or hurlait
                              sur un ton aphonique délicat cultivé
                              Feu à volonté
                              Et les hommes de main d’or
                              recrutés et parqués et fraîchement débarqués
                              venant rétablir l’Ordre
                              mitraillaient
                              incendiaient

                              Mais
                              La main d’oeuvre jaune elle aussi
                              se mé-ca-ni-sait
                              Triste et graves
                              mais résignées des voix chantaient

                              Que voulez-vous
                              on nous attaque à la machine
                              se défendre à la main
                              ne serait pas civilisé
                              on nous traitreait encore de sauvages
                              et d’arriérés
                              on nous blâmerait

                              Et l’empereur Bao-Daî
                              partait « en permission »
                              sur la Côte d’Azur
                              c’est comme cela que les journaux annonçaient ses
                              visites fébriles et affairées

                              Là-bas
                              sur le théâtre des Opérations bancaires
                              le corps expéditionnaire
                              n’avait plus les mêmes succès
                              et dans de merveilleux décors
                              tombaient les pauvres figurants de la mort
                              Seuls les gens du trafic des piastres
                              criaient bis et applaudissait
                              Ici on criait Encore
                              ailleurs on criait Assez
                              plus loin on criait la Paix
                              et des messieurs du meilleur monde fort discrètement
                              s’éclipsaient

                              Tout cela n’était pas une petite affaire
                              les grandes compagnies internationales des Monopolitains
                              alertaient leurs meilleurs experts
                              leurs plus subtils tacticiens
                              L’un d’eux
                              un trépidant infatigable petit mégalomane d’une étourdissante
                              et opiniâtre médiocrité
                              et qui s’était couvert de gloire fiduciaire pendant la seconde
                              guerre mondiale sur la route coupée du fer dans la plaie
                              atterrit en coup de vent au Viet-Nam
                              Et en moins de temps qu’il ne mit un peu plus tard à l’écrire
                              trouva la solution de cet interminable conflit

                              Pour arrêter ou améliorer la regrettable et nécessaire guerre du Vietnam, il suffit, c’est tellement simple, de mettre le Viet-Nam dans la guerre.

                              Et résumant cette solution en un slogan d’une indéniable efficacité

                              Virilité rapidité

                              Il reprend l’avion
                              non sans avoir donné de très judicieuses précisions

                              des français et des vietnamiens se faisaient tuer pour protéger la vie et la fortune des gens qui entassaient d’immenses richesses, pour ne parler que de chinois de Saigon et de vietnamiens d’Hanoi, et de tout cela aux frais du contribuable français.
                              Dès lors , une seule solution: créer une armée proprement vietnamienne assez puissante pour rétablir l’ordre, puisque c’est au Viet-Nam (Tonkin, Annam, Cochinchine), pays de vingt-cinq millions d’habitants, qui se fait la guerre. C’est par la création de cette armée nationale que le peuple vietnamien prendra pleinement conscience de son indépendance. Il faut que cette guerre, où se jouent l’indépendance du Viet-Nam, les libertés et la fortune de ses citoyens, soit considérée par lui comme sa guerre. Il faut que ses élites cessent d’être « attentistes », soucieuses de ne pas se compromettre dans l’hypothèse d’une victoire des communistes.
                              Il faut que ce soit une guerre faite par le Viet-Nam avec l’aide de la France et non une guerre faite par la France avec l’aide du Viet-Nam
                              C’est d’abord un état d’esprit à créer, celui que ce vieux lion qu’est le président Syngman Rhee a su créer en Corée
                              Et ce sont des réformes profondes à faire.

                              Pourquoi gardez vous en prison
                              et depuis plusieurs années
                              un marin qui s’appelle Henri Martin?
                              1952

                            • #78744
                              thuong19
                              Participant

                                Merci Chantalngoc pour ce travail de recollement.:friends:

                            Vous lisez 22 fils de discussion
                            • Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.