Aller au contenu

Poésie et poèmes chantés

Divers Discussion Libre Poésie et poèmes chantés

  • Ce sujet est vide.
Vous lisez 49 fils de discussion
  • Auteur
    Messages
    • #130211
      Ti Ngoc
      Participant

        YouTube – Arthur Rimbaud – Le dormeur du val

        « le dormeur du val » d’Arthur Rimbaud récité par Serge Reggianni

        Le dormeur du val

        C’est un trou de verdure où chante une rivière,

        Accrochant follement aux herbes des haillons

        D’argent; où le soleil de la montagne fière,

        Luit: c’est un petit val qui mousse de rayons.

        Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,

        Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,

        Dort; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,

        Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

        Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme

        sourirait un enfant malade, il fait un somme:

        Nature, berce le chaudement: il a froid.

        Les parfums ne font pas frissonner sa narine;

        Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,

        Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

        Arthur Rimbaud

      • #130212
        Ti Ngoc
        Participant

          YouTube – Liberté de Paul Eluard interpreté par Gérard Philipe

          « Liberté » de Paul Eluard récité par Gérard Philipe.

        • #130214
          Ti Ngoc;124937 wrote:
          J’ouvre ici ce fil de discussion de poésie et de chansons françaises pour Bonbonlala et tous ceux qui veulent écouter du français;
          Toute participation à ce topic sera bienvenue.
          Ti Ngoc

          Bonjour ..à TLM

          Pour Bonbonlala et Ti Ngoc.. ( même si ce n’est pas un clip !!)

          – sur ce lien :

          « Les Poètes de la Méditerranée. Anthologie » : la découverte de « la langue des autres » – LeMonde.fr

          – cet article récent sur un bouquin de poche :

          « Les Poètes de la Méditerranée. Anthologie » :

          la découverte de « la langue des autres »

          LE MONDE DES LIVRES | 06.01.11 | 10h33 •

          C’est un de ces livres merveilleusement inépuisables que l’on aimerait emporter sur une île, ou mieux encore, tout au long d’un périple. Un livre qui en contient une infinité d’autres. Une anthologie qui réunit 101 poètes, appartenant à 24 pays. Elle est conçue – l’idée est magnifique – comme un voyage autour de la Méditerranée. De la Grèce à la Turquie, du Proche-Orient au Maroc, on parvient à un massif imposant et plus familier – la péninsule ibérique, la France et l’Italie – avant de retourner à l’est, vers les rives tourmentées des pays slaves du sud

          « La poésie est née tôt, en Méditerranée, rappelle Yves Bonnefoy dans sa belle préface. Et presque aussitôt elle y a parlé haut et fort. C’est elle qui, en Mésopotamie, dans la geste de Gilgamesh, cherche à donner aux princes et aux guerriers une conscience morale, une expérience métaphysique, elle qui fonde le monde grec, elle qui, à Athènes, chez les Tragiques, entreprend cet échange avec la raison qui doit se poursuivre aujourd’hui encore. » Une « tâche de vigilance » confiée par Virgile à Dante, poursuivie par Cervantès, Leopardi, Cavafy, Seféris, Darwich.
          L’alliance de la mer et des rivages a toujours fait de la Méditerranée un espace profondément humain, un creuset de rencontres et d’échanges, où s’impose l’importance de la parole. « Parler avec tout de suite à côté de soi la langue des autres, celle-ci serait-elle dite « barbare », écrit Yves Bonnefoy, c’est en effet percevoir la différence de notions qui s’attachent en divers lieux à des choses pourtant les mêmes. »
          La proximité de la « langue des autres » : voilà ce qui rend passionnante cette anthologie polyglotte éditée par Eglal Errera – avec l’aide de nombreux traducteurs, éditeurs, découvreurs. Le texte original figure toujours en regard de la traduction française, dans chacune des 17 langues représentées, en 5 alphabets. Un exploit typographique – qui rend sensible au regard le rythme des poèmes du syrien Adonis, de l’Israélien Eliraz, ou des deux poètes chypriotes, l’un grec et l’autre turc. Un poème de l’italien Zanzotto s’intitule « Xénoglossies ».
          Voyages choisis, éloignements imposés : beaucoup de déplacements impriment au recueil ce que le Portugais Nuno Judice appelle « la respiration de l’exil ». Parmi les Français, Andrée Chedid, née en Egypte, et Lorand Gaspar, en Roumanie, ont éprouvé très tôt « l’entre-deux » des langues. Francophone, la Libanaise Vénus Khoury-Ghata a traduit Aragon en arabe et Adonis en français. Beaucoup de ces poètes se rencontrent, se lisent, se traduisent. Ainsi Yves Bonnefoy, traducteur de Keats et de Leopardi, est lui-même traduit par le Grec Thanassis Hatzopoulos, le Monténégrin Slobodan Jovalekic et le Libanais Issa Makhlouf.
          « Ô mer, tu es la mort et la vie tout ensemble », écrit Dara Sekulic, née en Bosnie-Herzégovine. Si le recueil s’achève sous le « ciel cendreux » du Macédonien Vlada Urosevic, les poèmes dessinent souvent, selon l’expression du Grec Stratis Pascalis, une « cartographie de la lumière », du Pirée à Tanger. En couverture du livre, l’éblouissant soleil sicilien d’un tableau, La Plage à Agrigente : il fallait, selon Eglal Errera, rendre à ces rives « leur lumière inégalable dont Nicolas de Staël, né à Saint-Pétersbourg et mort à Antibes, écrivait à René Char que « l’on ne la voit pas parce qu’elle est la lumière même » ».

          LES POÈTES DE LA MÉDITERRANÉE. ANTHOLOGIE.
          Préface d’Yves Bonnefoy, édition d’Eglal Errera, « Poésie ». Gallimard-Culturesfrance, 960 p., 12 €.

        • #130220

          Barbara a chanté des chansons de certains de ses collègues ,

          dont celle-ci de Pierre PERRET qui est un un vrai poème !!!

          YouTube – LilY ????Barbara

        • #130224
          Ti Ngoc
          Participant
          • #130227
            Ti Ngoc
            Participant

              YouTube – Serge Reggiani – le pont Mirabeau

              le pont Mirabeau

              Sous le pont Mirabeau coule la Seine
              Et nos amours

              Faut-il qu’il m’en souvienne
              La joie venait toujours après la peine

              Vienne la nuit sonne l’heure
              Les jours s’en vont je demeure

              Les mains dans les mains restons face à face
              Tandis que sous
              Le pont de nos bras passe
              Des éternels regards l’onde si lasse

              Vienne la nuit sonne l’heure
              Les jours s’en vont je demeure

              L’amour s’en va comme cette eau courante
              L’amour s’en va comme la vie est lente

              Et comme l’Espérance est violente

              Vienne la nuit sonne l’heure
              Les jours s’en vont je demeure

              Passent les jours et passent les semaines

              Ni temps passé
              Ni les amours reviennent

              Sous le pont Mirabeau coule la Seine

              Vienne la nuit sonne l’heure
              Les jours s’en vont je demeure.

              Guillaume Appolinaire interprété par Serge Reggiani

            • #130234
              Ti Ngoc
              Participant

                Pour commencer cette semaine,

                quelques voyelles:

                Dailymotion – VOYELLES – une vidéo Art et Création

                Voyelles

                A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
                Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
                A, noir corset velu des mouches éclatantes
                Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

                Golfes d’ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,
                Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d’ombelles ;
                I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
                Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;

                U, cycles, vibrements divins des mers virides,
                Paix des pâtis semés d’animaux, paix des rides
                Que l’alchimie imprime aux grands fronts studieux ;

                O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
                Silences traversés des Mondes et des Anges ;
                – O l’Oméga, rayon violet de Ses Yeux !

                Arthur Rimbaud.

              • #130236

                J’aime beaucoup aussi

                cette chanson de Moustaki chantée superbement par REGGIANI

                YouTube – 1 – SERGE REGGIANI – SARAH (LA FEMME QUI EST DANS MON LIT) + LYRICS

                En fait c’est un poème magnifique -presque intégralement repris – de Charles Beaudelaire dans les fleurs du mal

                Sarah la louchette

                Le jeune Baudelaire, qui mène une vie de bohème au Quartier Latin, entame une liaison
                avec une prostituée juive du quartier Bréda, nommée Sarah la louchette
                Certains poèmes semblent lui être adressés: Sarah la louchette, ‘Je t’adore à l’égal
                de la voûte nocturne’
                , ‘Tu mettrais l’univers entier dans ta ruelle’,
                et ‘Une nuit que j’étais près d’une affreuse Juive’.

                Sarah la louchette

                Je n’ai pas pour maîtresse une lionne illustre:
                La gueuse de mon âme, emprunte tout son lustre;
                Invisible aux regards de l’univers moqueur,
                Sa beauté ne fleurit que dans mon triste coeur.

                Pour avoir des souliers elle a vendu son âme.
                Mais le bon Dieu rirait si, près de cette infâme,
                Je tranchais du Tartufe et singeais la hauteur,
                Moi qui vends ma pensée et qui veux être auteur.

                Vice beaucoup plus grave, elle porte perruque.
                Tous ses beaux cheveux noirs ont fui sa blanche nuque;
                Ce qui n’empêche pas les baisers amoureux
                De pleuvoir sur son front plus pelé qu’un lépreux.

                Elle louche, et l’effet de ce regard étrange
                Qu’ombragent des cils noirs plus longs que ceux d’un ange,
                Est tel que tous les yeux pour qui l’on s’est damné
                Ne valent pas pour moi son oeil juif et cerné.

                Elle n’a que vingt ans, la gorge déjà basse
                Pend de chaque côté comme une calebasse,
                Et pourtant, me traînant chaque nuit sur son corps,
                Ainsi qu’un nouveau-né, je la tête et la mords,

                Et bien qu’elle n’ait pas souvent même une obole
                Pour se frotter la chair et pour s’oindre l’épaule,
                Je la lèche en silence avec plus de ferveur
                Que Madeleine en feu les deux pieds du Sauveur.

                La pauvre créature, au plaisir essoufflée,
                A de rauques hoquets la poitrine gonflée,
                Et je devine au bruit de son souffle brutal
                Qu’elle a souvent mordu le pain de l’hôpital.

                Ses grands yeux inquiets, durant la nuit cruelle,
                Croient voir deux autres yeux au fond de la ruelle,
                Car, ayant trop ouvert son coeur à tous venants,
                Elle a peur sans lumière et croit aux revenants.

                Ce qui fait que de suif elle use plus de livres
                Qu’un vieux savant couché jour et nuit sur ses livres,
                Et redoute bien moins la faim et ses tourments
                Que l’apparition de ses défunts amants.

                Si vous la rencontrez, bizarrement parée,
                Se faufilant, au coin d’une rue égarée,
                Et la tête et l’oeil bas comme un pigeon blessé,
                Traînant dans les ruisseaux un talon déchaussé,

                Messieurs, ne crachez pas de jurons ni d’ordure
                Au visage fardé de cette pauvre impure
                Que déesse Famine a par un soir d’hiver,
                Contrainte à relever ses jupons en plein air.

                Cette bohème-là, c’est mon tout, ma richesse,
                Ma perle, mon bijou, ma reine, ma duchesse,
                Celle qui m’a bercé sur son giron vainqueur,
                Et qui dans ses deux mains a réchauffé mon coeur.

                Les Fleurs du Mal

              • #130244
                Ti Ngoc
                Participant

                  L’ étoile a pleuré rose

                  L’étoile a pleuré rose au coeur de tes oreilles,

                  L’infini roulé blanc de ta nuque à tes reins;

                  La mer a perlé rousse à tes mammes vermeilles

                  Et l’Homme saigné noir à ton flanc souverain.

                  Arthur Rimbaud

                • #130262
                  Ti Ngoc
                  Participant

                    YouTube – poème : mon reve familier

                    Mon rêve familier

                    Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant

                    D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime

                    Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même

                    Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.

                    Car elle me comprend, et mon coeur, transparent

                    Pour elle seule, hélas ! cesse d’être un problème

                    Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,

                    Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

                    Est-elle brune, blonde ou rousse ? – Je l’ignore.

                    Son nom ? Je me souviens qu’il est doux et sonore

                    Comme ceux des aimés que la Vie exila.

                    Son regard est pareil au regard des statues,

                    Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a

                    L’inflexion des voix chères qui se sont tues.

                    P.VERLAINE
                  • #130263
                    Ti Ngoc
                    Participant

                      L’amoureuse

                      Elle est debout sur mes paupières

                      Et ses cheveux sont dans les miens,

                      Elle a la forme de mes mains,

                      Elle a la couleur de mes yeux,

                      Elle s’engloutit dans mon ombre

                      Comme une pierre sur le ciel.

                      Elle a toujours les yeux ouverts

                      Et ne me laisse pas dormir.

                      Ses rêves en pleine lumière,

                      font s’évaporer les soleils,

                      Me font rire, pleurer et rire,

                      Parler sans avoir rien à dire.

                      Paul Eluard . (Capitale de la douleur, 1926)

                    • #130265
                      Ti Ngoc
                      Participant
                      • #130279

                        Les chansons français sont magnifiques!!!:wink2::wink2::wink2:
                        Moi,j’aime bcp cette chanson : »Est-ce que tu viens pour les vacances? » [URL= »http:// »]http:// [/URL][URL]http://http://www.youtube.com/watch?v=3hCAJwdWew8[/URL]

                      • #130311
                        Ti Ngoc
                        Participant
                          La courbe de tes yeux

                          La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur,

                          Un rond de danse et de douceur

                          Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,
                          Et si je ne sais plus tout ce que j’ai vécu
                          C’est que tes yeux ne m’ont pas toujours vu.

                          Feuilles de jour et mousse de rosée,
                          Roseaux du vent, sourires parfumés,
                          Ailes couvrant le monde de lumière,
                          Bateaux chargés du ciel et de la mer,
                          Chasseurs des bruits et sources des couleurs,

                          Parfums éclos d’une couvée d’aurores
                          Qui gît toujours sur la paille de astres,
                          Comme le jour dépend de l’innocence
                          Le monde entier dépend de tes yeux purs
                          Et tout mon sang coule dans leurs regards.

                          Paul Eluard, Capitale de la douleur

                        • #130312
                          Ti Ngoc
                          Participant

                            http://www.youtube.com/watch?v=yY7An0kcSpY&feature=related

                            Ridan interprète un texte de Joachim Du Bellay (1522-1560)

                            Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage

                            Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
                            ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
                            Et puis est retourné, plein d’usage et raison,
                            Vivre entre ses parents le reste de son âge !

                            Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
                            Fumer la cheminée, et en quelle saison
                            Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
                            Qui m’est une province, et beaucoup davantage ?

                            Plus me plaît le séjour qu’ont bâti mes aïeux,
                            Que des palais Romains le front audacieux,
                            Plus que le marbre dur me plaît l’ardoise fine :

                            Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,
                            Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
                            Et plus que l’air marin la doulceur angevine.

                          • #130323
                            Ti Ngoc
                            Participant

                              Je t’aime

                              Je t’aime pour toutes les femmes que je n’ai pas connues
                              Je t’aime pour tous les temps où je n’ai pas vécu
                              Pour l’odeur du grand large et l’odeur du pain chaud
                              Pour la neige qui fond pour les premières fleurs
                              Pour les animaux purs que l’homme n’effraie pas
                              Je t’aime pour aimer
                              Je t’aime pour toutes les femmes que je n’aime pas

                              Qui me reflète sinon toi-même je me vois si peu
                              Sans toi je ne vois rien qu’une étendue déserte
                              Entre autrefois et aujourd’hui
                              Il y a eu toutes ces morts que j’ai franchies sur de la paille
                              Je n’ai pas pu percer le mur de mon miroir
                              Il m’a fallu apprendre mot par mot la vie
                              Comme on oublie

                              Je t’aime pour ta sagesse qui n’est pas la mienne
                              Pour la santé
                              Je t’aime contre tout ce qui n’est qu’illusion
                              Pour ce coeur immortel que je ne détiens pas
                              Tu crois être le doute et tu n’es que raison
                              Tu es le grand soleil qui me monte à la tête
                              Quand je suis sûr de moi.

                              Paul Eluard – Le Phénix

                            • #130325
                              Ti Ngoc
                              Participant
                                Il y a

                                Il y a des petits ponts épatants
                                Il y a mon cœur qui bat pour toi
                                Il y a une femme triste sur la route
                                Il y a un beau petit cottage dans un jardin
                                Il y a six soldats qui s’amusent comme des fous
                                Il y a mes yeux qui cherchent ton image

                                Il y a un petit bois charmant sur la colline
                                Et un vieux territorial pisse quand nous passons
                                Il y a un poète qui rêve au ptit Lou
                                Il y a une batterie dans une forêt
                                Il y a un berger qui paît ses moutons
                                Il y a ma vie qui t’appartient
                                Il y a mon porte-plume réservoir qui court qui court
                                Il y a un rideau de peupliers délicat délicat
                                Il y a toute ma vie passée qui est bien passée
                                Il y a des rues étroites à Menton où nous nous sommes aimés

                                Il y a une petite fille de Sospel qui fouette ses camarades
                                Il y a mon fouet de conducteur dans mon sac à avoine
                                Il y a des wagons belges sur la voie
                                Il y a mon amour
                                Il y a toute la vie
                                Je t’adore

                                Guillaume Apollinaire, Poèmes à Lou (posthumes)

                              • #130335
                                Ti Ngoc
                                Participant

                                  Salut Julk,

                                  Je te remercie pour ta contribution sur ce topic, cependant j’ai ouvert cette discussion  » poésie et poèmes chantés » pour faire découvrir à nos amis vietnamiens les grands textes et auteurs de poésie française et poèmes chantés.(j’aurais du préciser dans le titre, classique)

                                  Tu peux ouvrir un topic destiné à la musique française que tu aimes pour la faire découvrir à tout le monde, et te demande de retirer les vidéos (page 1 ) « renaud manu », « les sales majestés » et (page 2) « LSM en concert », « mano solo » pour les intégrer dans le topic que tu auras crée.

                                  Merci de ta compréhension

                                  Ti Ngoc

                                • #130352
                                  Ti Ngoc;125079 wrote:
                                  Salut Julk,

                                  Je te remercie pour ta contribution sur ce topic, cependant j’ai ouvert cette discussion  » poésie et poèmes chantés » pour faire découvrir à nos amis vietnamiens les grands textes et auteurs de poésie française et poèmes chantés.(j’aurais du préciser dans le titre, classique)

                                  Tu peux ouvrir un topic destiné à la musique française que tu aimes pour la faire découvrir à tout le monde, et te demande de retirer les vidéos (page 1 ) « renaud manu », « les sales majestés » et (page 2) « LSM en concert », « mano solo » pour les intégrer dans le topic que tu auras crée.

                                  Merci de ta compréhension

                                  Ti Ngoc

                                  Bonjour Chi TiNgoc, Julk, à toutes et à tous,
                                  J’ai déplacé les posts de Julk dans un autre topic « Chansons français »…

                                  NVTL :bye:

                                • #130358

                                  ok merci à toi:wink2:

                                • #130377
                                  Ti Ngoc
                                  Participant

                                    merci NVTL.

                                    Le Dernier poème

                                    J’ai rêvé tellement fort de toi,
                                    J’ai tellement marché, tellement parlé,
                                    Tellement aimé ton ombre,
                                    Qu’il ne me reste plus rien de toi.
                                    Il me reste d’être l’ombre parmi les ombres
                                    D’être cent fois plus ombre que l’ombre
                                    D’être l’ombre qui viendra et reviendra
                                    Dans ta vie ensoleillée.

                                    Robert Desnos (1900-1945)

                                  • #130378
                                    Ti Ngoc
                                    Participant

                                      YouTube – PRÉVERT, Jacques – Pour toi mon amour.

                                      Pour toi mon amour

                                       » Je suis allé au marché aux oiseaux
                                      Et j’ai acheté des oiseaux
                                      Pour toi
                                      mon amour
                                      Je suis allé au marché aux fleurs
                                      Et j’ai acheté des fleurs
                                      Pour toi
                                      mon amour
                                      Je suis allé au marché à la ferraille
                                      Et j’ai acheté des chaînes
                                      De lourdes chaînes
                                      Pour toi
                                      mon amour
                                      Et puis je suis allé au marché aux esclaves
                                      Et je t’ai cherchée
                                      Mais je ne t’ai pas trouvée
                                      mon amour « 

                                      Jacques Prévert, Paroles (1949)

                                    • #130382
                                      Ti Ngoc
                                      Participant

                                        YouTube – Françoise Hardy- Il N’Y A Pas D’Amour Heureux

                                        Il n’y a pas d’amour heureux

                                        Rien n’est jamais acquis à l’homme, ni sa force
                                        Ni sa faiblesse, ni son coeur. Et quand il croit
                                        Ouvrir ses bras, son ombre est celle d’une croix
                                        Et quand il croit serrer son bonheur, il le broie
                                        Sa vie est un étrange et douloureux divorce

                                        Il n’y a pas d’amour heureux

                                        Sa vie, elle ressemble à ces soldats sans armes
                                        Qu’on avait habillés pour un autre destin
                                        A quoi peut leur servir de se lever matin
                                        Eux qui ‘on retrouve au soir désoeuvrés incertains
                                        Dites ces mots  » Ma vie  » et retenez vos larmes

                                        Il n’y a pas d’amour heureux

                                        Mon bel amour, mon cher amour, ma déchirure
                                        Je te porte dans moi comme un oiseau blessé
                                        Et ceux-là sans savoir nous regardent passer
                                        Répétant après moi les mots que j’ai tressés
                                        Et qui, pour tes grands yeux, tout aussitôt moururent

                                        Il n’y a pas d’amour heureux

                                        Le temps d’apprendre à vivre il est déjà trop tard
                                        Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l’unisson
                                        Ce qu’il faut de malheur pour la moindre chanson
                                        Ce qu’il faut de regrets pour payer un frisson
                                        Ce qu’il faut de sanglots pour un air de guitare

                                        Il n’y a pas d’amour heureux

                                        Il n’y a pas d’amour qui ne soit à douleur
                                        Il n’y a pas d’amour dont on ne soit meurtri
                                        Il n’y a pas d’amour dont on ne soit flétri
                                        Et pas plus que de toi l’amour de la patrie
                                        Il n’y a pas d’amour qui ne vive de pleurs

                                        Il n’y a pas d’amour heureux
                                        Mais c’est notre amour à tous deux

                                        Aragon (la Diane française 1946)

                                      • #130396
                                        Ti Ngoc
                                        Participant

                                          YouTube – Il pleure dans mon coeur – Paul Verlaine (Mon cahier de poésies – vol.1)

                                          Il pleure dans mon coeur

                                          Il pleure dans mon coeur
                                          Comme il pleut sur la ville ;
                                          Quelle est cette langueur
                                          Qui pénètre mon coeur ?

                                          Ô bruit doux de la pluie
                                          Par terre et sur les toits !
                                          Pour un coeur qui s’ennuie,
                                          Ô le chant de la pluie !

                                          Il pleure sans raison
                                          Dans ce coeur qui s’écoeure.
                                          Quoi ! nulle trahison ?…
                                          Ce deuil est sans raison.

                                          C’est bien la pire peine
                                          De ne savoir pourquoi
                                          Sans amour et sans haine
                                          Mon coeur a tant de peine !

                                          Paul Verlaine (1844-1896)

                                        • #130397
                                          Ti Ngoc
                                          Participant

                                            YouTube – Charles Baudelaire – Enivrez-vous (par S.Reggiani)

                                            [FONT=Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif]ENIVREZ- Vous[/FONT]

                                            [FONT=Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif]Il faut être toujours ivre, tout est là ; c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.[/FONT]
                                            [FONT=Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif]Mais de quoi? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous![/FONT]
                                            [FONT=Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif]Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront, il est l’heure de s’enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise.[/FONT]

                                            [FONT=Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif]Charles Baudelaire (In Les petits poèmes en prose)[/FONT]

                                          • #130425
                                            Ti Ngoc
                                            Participant

                                              YouTube – On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans

                                              Roman

                                              On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
                                              − Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
                                              Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
                                              − On va sous les tilleuls verts de la promenade.
                                              Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
                                              L’air est parfois si doux, qu’on ferme la paupière ;
                                              Le vent chargé de bruits, − la ville n’est pas loin,
                                              A des parfums de vigne et des parfums de bière…

                                              − Voilà qu’on aperçoit un tout petit chiffon
                                              D’azur sombre, encadré d’une petite branche,
                                              Piqué d’une mauvaise étoile, qui se fond
                                              Avec de doux frissons, petite et toute blanche…
                                              Nuit de juin ! Dix-sept ans ! – On se laisse griser.
                                              La sève est du champagne et vous monte à la tête…
                                              On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
                                              Qui palpite là, comme une petite bête…

                                              Le cœur fou Robinsonne à travers les romans,
                                              − Lorsque, dans la clarté d’un pâle réverbère,
                                              Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
                                              Sous l’ombre du faux-col effrayant de son père…
                                              Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
                                              Tout en faisant trotter ses petites bottines,
                                              Elle se tourne, alerte et d’un mouvement vif…
                                              − Sur vos lèvres alors meurent les cavatines…

                                              Vous êtes amoureux. Loué jusqu’au mois d’août.
                                              Vous êtes amoureux. − Vos sonnets La font rire.
                                              Tous vos amis s’en vont, vous êtes mauvais goût.
                                              − Puis l’adorée, un soir, a daigné vous écrire… !
                                              − Ce soir-là,… − vous rentrez aux cafés éclatants,
                                              Vous demandez des bocks ou de la limonade…
                                              − On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
                                              Et qu’on a des tilleuls verts sur la promenade.

                                              Arthur Rimbaud

                                            • #130448
                                              Ti Ngoc
                                              Participant

                                                Ma bohême

                                                Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées;
                                                Mon paletot aussi devenait idéal;
                                                J’allais sous le ciel, Muse, et j’étais ton féal;
                                                Oh! là là! que d’amours splendides j’ai rêvées!

                                                Mon unique culotte avait un large trou.
                                                Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
                                                Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
                                                Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

                                                Et je les écoutais, assis au bord des routes,
                                                Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
                                                De rosée à mon front, comme un vin de vigueur;

                                                Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
                                                Comme des lyres, je tirais les élastiques
                                                De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur!

                                                Arthur Rimbaud

                                              • #130480
                                                Ti Ngoc
                                                Participant

                                                  YouTube – Il pleut – Apollinaire

                                                  Il pleut

                                                  Il pleut des voix de femmes comme si elles étaient mortes même dans le souvenir
                                                  c’est vous aussi qu’il pleut merveilleuses rencontres de ma vie ô gouttelettes
                                                  et ces nuages cabrés se prennent à hennir tout un univers de villes auriculaires
                                                  écoute s’il pleut tandis que le regret et le dédain pleurent une ancienne musique
                                                  écoute tomber les liens qui te retiennent en haut et en bas

                                                  Guillaume Apollinaire ( Recueil: « Calligrammes »)

                                                • #130498
                                                  Ti Ngoc
                                                  Participant

                                                    YouTube – L’albatros | Charles Baudelaire

                                                    L’albatros

                                                    Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
                                                    Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
                                                    Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
                                                    Le navire glissant sur les gouffres amers.

                                                    A peine les ont-ils déposés sur les planches,
                                                    Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
                                                    Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
                                                    Comme des avirons traîner à côté d’eux.

                                                    Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
                                                    Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !
                                                    L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
                                                    L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !

                                                    Le Poète est semblable au prince des nuées
                                                    Qui hante la tempête et se rit de l’archer
                                                    Exilé sur le sol au milieu des huées,
                                                    Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

                                                    Charles Baudelaire, les Fleurs du Mal

                                                  • #130506
                                                    Ti Ngoc
                                                    Participant
                                                      Femmes damnées (1)

                                                      Comme un bétail pensif sur le sable couchées,
                                                      Elles tournent leurs yeux vers l’horizon des mers,
                                                      Et leurs pieds se cherchant et leurs mains rapprochées
                                                      Ont de douces langueurs et des frissons amers.

                                                      Les unes, coeurs épris des longues confidences,
                                                      Dans le fond des bosquets où jasent les ruisseaux,
                                                      Vont épelant l’amour des craintives enfances
                                                      Et creusent le bois vert des jeunes arbrisseaux ;

                                                      D’autres, comme des soeurs, marchent lentes et graves
                                                      A travers les rochers pleins d’apparitions,
                                                      Où saint Antoine a vu surgir comme des laves
                                                      Les seins nus et pourprés de ses tentations ;

                                                      Il en est, aux lueurs des résines croulantes,
                                                      Qui dans le creux muet des vieux antres païens
                                                      T’appellent au secours de leurs fièvres hurlantes,
                                                      Ô Bacchus, endormeur des remords anciens !

                                                      Et d’autres, dont la gorge aime les scapulaires,
                                                      Qui, recélant un fouet sous leurs longs vêtements,
                                                      Mêlent, dans le bois sombre et les nuits solitaires,
                                                      L’écume du plaisir aux larmes des tourments.

                                                      Ô vierges, ô démons, ô monstres, ô martyres,
                                                      De la réalité grands esprits contempteurs,
                                                      Chercheuses d’infini, dévotes et satyres,
                                                      Tantôt pleines de cris, tantôt pleines de pleurs,

                                                      Vous que dans votre enfer mon âme a poursuivies,
                                                      Pauvres soeurs, je vous aime autant que je vous plains,
                                                      Pour vos mornes douleurs, vos soifs inassouvies,
                                                      Et les urnes d’amour dont vos grands coeurs sont pleins !

                                                      Charles Baudelaire

                                                    • #130507
                                                      Ti Ngoc
                                                      Participant

                                                        YouTube – Charles Baudelaire par Saez

                                                        Femmes damnées (2)

                                                        A la pâle clarté des lampes languissantes,
                                                        Sur de profonds coussins tout imprégnés d’odeur
                                                        Hippolyte rêvait aux caresses puissantes
                                                        Qui levaient le rideau de sa jeune candeur.

                                                        Elle cherchait, d’un oeil troublé par la tempête,
                                                        De sa naïveté le ciel déjà lointain,
                                                        Ainsi qu’un voyageur qui retourne la tête
                                                        Vers les horizons bleus dépassés le matin.

                                                        De ses yeux amortis les paresseuses larmes,
                                                        L’air brisé, la stupeur, la morne volupté,
                                                        Ses bras vaincus, jetés comme de vaines armes,
                                                        Tout servait, tout parait sa fragile beauté.

                                                        Etendue à ses pieds, calme et pleine de joie,
                                                        Delphine la couvait avec des yeux ardents,
                                                        Comme un animal fort qui surveille une proie,
                                                        Après l’avoir d’abord marquée avec les dents.

                                                        Beauté forte à genoux devant la beauté frêle,
                                                        Superbe, elle humait voluptueusement
                                                        Le vin de son triomphe, et s’allongeait vers elle,
                                                        Comme pour recueillir un doux remerciement.

                                                        Elle cherchait dans l’oeil de sa pâle victime
                                                        Le cantique muet que chante le plaisir,
                                                        Et cette gratitude infinie et sublime
                                                        Qui sort de la paupière ainsi qu’un long soupir.

                                                        –  » Hippolyte, cher coeur, que dis-tu de ces choses ?
                                                        Comprends-tu maintenant qu’il ne faut pas offrir
                                                        L’holocauste sacré de tes premières roses
                                                        Aux souffles violents qui pourraient les flétrir ?

                                                        Mes baisers sont légers comme ces éphémères
                                                        Qui caressent le soir les grands lacs transparents,
                                                        Et ceux de ton amant creuseront leurs ornières
                                                        Comme des chariots ou des socs déchirants ;

                                                        Ils passeront sur toi comme un lourd attelage
                                                        De chevaux et de boeufs aux sabots sans pitié…
                                                        Hippolyte, ô ma soeur ! tourne donc ton visage,
                                                        Toi, mon âme et mon coeur, mon tout et ma moitié,

                                                        Tourne vers moi tes yeux pleins d’azur et d’étoiles !
                                                        Pour un de ces regards charmants, baume divin,
                                                        Des plaisirs plus obscurs je lèverai les voiles,
                                                        Et je t’endormirai dans un rêve sans fin ! « 

                                                        Mais Hippolyte alors, levant sa jeune tête :
                                                        –  » Je ne suis point ingrate et ne me repens pas,
                                                        Ma Delphine, je souffre et je suis inquiète,
                                                        Comme après un nocturne et terrible repas.

                                                        Je sens fondre sur moi de lourdes épouvantes
                                                        Et de noirs bataillons de fantômes épars,
                                                        Qui veulent me conduire en des routes mouvantes
                                                        Qu’un horizon sanglant ferme de toutes parts.

                                                        Avons-nous donc commis une action étrange ?
                                                        Explique, si tu peux, mon trouble et mon effroi :
                                                        Je frissonne de peur quand tu me dis :  » Mon ange ! « 
                                                        Et cependant je sens ma bouche aller vers toi.

                                                        Ne me regarde pas ainsi, toi, ma pensée !
                                                        Toi que j’aime à jamais, ma soeur d’élection,
                                                        Quand même tu serais une embûche dressée
                                                        Et le commencement de ma perdition ! « 

                                                        Delphine secouant sa crinière tragique,
                                                        Et comme trépignant sur le trépied de fer,
                                                        L’oeil fatal, répondit d’une voix despotique :
                                                        –  » Qui donc devant l’amour ose parler d’enfer ?

                                                        Maudit soit à jamais le rêveur inutile
                                                        Qui voulut le premier, dans sa stupidité,
                                                        S’éprenant d’un problème insoluble et stérile,
                                                        Aux choses de l’amour mêler l’honnêteté !

                                                        Celui qui veut unir dans un accord mystique
                                                        L’ombre avec la chaleur, la nuit avec le jour,
                                                        Ne chauffera jamais son corps paralytique
                                                        A ce rouge soleil que l’on nomme l’amour !

                                                        Va, si tu veux, chercher un fiancé stupide ;
                                                        Cours offrir un coeur vierge à ses cruels baisers ;
                                                        Et, pleine de remords et d’horreur, et livide,
                                                        Tu me rapporteras tes seins stigmatisés…

                                                        On ne peut ici-bas contenter qu’un seul maître ! « 
                                                        Mais l’enfant, épanchant une immense douleur,
                                                        Cria soudain : –  » Je sens s’élargir dans mon être
                                                        Un abîme béant ; cet abîme est mon cœur !

                                                        Brûlant comme un volcan, profond comme le vide !
                                                        Rien ne rassasiera ce monstre gémissant
                                                        Et ne rafraîchira la soif de l’Euménide
                                                        Qui, la torche à la main, le brûle jusqu’au sang.

                                                        Que nos rideaux fermés nous séparent du monde,
                                                        Et que la lassitude amène le repos !
                                                        Je veux m’anéantir dans ta gorge profonde,
                                                        Et trouver sur ton sein la fraîcheur des tombeaux ! « 

                                                        – Descendez, descendez, lamentables victimes,
                                                        Descendez le chemin de l’enfer éternel !
                                                        Plongez au plus profond du gouffre, où tous les crimes,
                                                        Flagellés par un vent qui ne vient pas du ciel,

                                                        Bouillonnent pêle-mêle avec un bruit d’orage.
                                                        Ombres folles, courez au but de vos désirs ;
                                                        Jamais vous ne pourrez assouvir votre rage,
                                                        Et votre châtiment naîtra de vos plaisirs.

                                                        Jamais un rayon frais n’éclaira vos cavernes ;
                                                        Par les fentes des murs des miasmes fiévreux
                                                        Filtrent en s’enflammant ainsi que des lanternes
                                                        Et pénètrent vos corps de leurs parfums affreux.

                                                        L’âpre stérilité de votre jouissance
                                                        Altère votre soif et roidit votre peau,
                                                        Et le vent furibond de la concupiscence
                                                        Fait claquer votre chair ainsi qu’un vieux drapeau.

                                                        Loin des peuples vivants, errantes, condamnées,
                                                        A travers les déserts courez comme les loups ;
                                                        Faites votre destin, âmes désordonnées,
                                                        Et fuyez l’infini que vous portez en vous !

                                                        Baudelaire

                                                      • #130554
                                                        Ti Ngoc
                                                        Participant

                                                          Bien sûr que ce n’est pas un monde

                                                          Bien sûr que ce n’est pas un monde
                                                          Où tout se fait facilement
                                                          Si tu n’as pas la tête ronde
                                                          Qui t’en ferait le compliment

                                                          Vous nous fatiguez de vos plaintes
                                                          Il vous faudrait ô mes amis
                                                          Comme les lèvres qui sont peintes
                                                          Toujours avoir le rouge mis

                                                          C’est assez qu’un navire avance
                                                          Si je comprends ce qui le meut
                                                          Qu’après les nuits de ma mouvance
                                                          les jours se fassent moins brumeux

                                                          A chacun sa part du ménage
                                                          A chacun sa table et son lit
                                                          Le soir tombant sur les gagnages
                                                          Verra le labeur accompli

                                                          Quand il faudra fermer le livre
                                                          Ce sera sans regretter rien
                                                          J’ai vu tant de gens si mal vivre
                                                          Et tant de gens mourir si bien.

                                                          Aragon (Le crève coeur/ Le Nouveau Crève-coeur)

                                                        • #130594
                                                          Ti Ngoc
                                                          Participant

                                                            YouTube – Déjeuner du matin

                                                            [SIZE=+1]Déjeuner du matin[/SIZE]

                                                            Il a mis le café
                                                            Dans la tasse
                                                            Il a mis le lait
                                                            Dans la tasse de café
                                                            Il a mis le sucre
                                                            Dans le café au lait
                                                            Avec la petite cuiller
                                                            Il a tourné
                                                            Il a bu le café au lait
                                                            Et il a reposé la tasse
                                                            Sans me parler
                                                            Il a allumé
                                                            Une cigarette
                                                            Il a fait des ronds
                                                            Avec la fumée
                                                            Il a mis les cendres
                                                            Dans le cendrier
                                                            Sans me parler
                                                            Sans me regarder
                                                            Il s’est levé
                                                            Il a mis
                                                            Son chapeau sur sa tête
                                                            Il a mis son manteau de pluie
                                                            Parce qu’il pleuvait
                                                            Et il est parti
                                                            Sous la pluie
                                                            Sans une parole
                                                            Sans me regarder
                                                            Et moi j’ai pris
                                                            Ma tête dans ma main
                                                            Et j’ai pleuré

                                                            Jacques Prévert

                                                          • #130598
                                                            Ti Ngoc
                                                            Participant

                                                              Alicante

                                                              Une orange sur la table

                                                              Ta robe sur le tapis

                                                              Et toi dans mon lit

                                                              Doux présent du présent

                                                              Fraîcheur de la nuit

                                                              Chaleur de ma vie.

                                                              J. Prévert.

                                                            • #130635
                                                              Ti Ngoc
                                                              Participant

                                                                Quand les poètes s’ennuient alors il leur ar-

                                                                Quand les poètes s’ennuient alors il leur ar-

                                                                Rive de prendre une plume et d’écrire un po-

                                                                Ème on comprend dans ces conditions que ça bar-

                                                                Be un peu quelquefois la poésie la po-

                                                                Ésie.

                                                                Raymond Queneau

                                                              • #130636
                                                                Ti Ngoc
                                                                Participant

                                                                  YouTube – Juliette Gréco – Si tu t’imagine

                                                                  Si tu t’imagines

                                                                  Si tu t’imagines
                                                                  si tu t’imagines
                                                                  fillette fillette
                                                                  si tu t’imagines
                                                                  xa va xa va xa
                                                                  va durer toujours
                                                                  la saison des za
                                                                  la saison des za
                                                                  saison des amours
                                                                  ce que tu te goures
                                                                  fillette fillette
                                                                  ce que tu te goures

                                                                  Si tu crois petite
                                                                  si tu crois ah ah
                                                                  que ton teint de rose
                                                                  ta taille de guêpe
                                                                  tes mignons biceps
                                                                  tes ongles d’émail
                                                                  ta cuisse de nymphe
                                                                  et ton pied léger
                                                                  si tu crois petite
                                                                  xa va xa va xa va
                                                                  va durer toujours
                                                                  ce que tu te goures
                                                                  fillette fillette
                                                                  ce que tu te goures

                                                                  les beaux jours s’en vont
                                                                  les beaux jours de fête
                                                                  soleils et planètes
                                                                  tournent tous en rond
                                                                  mais toi ma petite
                                                                  tu marches tout droit
                                                                  vers sque tu vois pas
                                                                  très sournois s’approchent
                                                                  la ride véloce
                                                                  la pesante graisse
                                                                  le menton triplé
                                                                  le muscle avachi
                                                                  allons cueille cueille
                                                                  les roses les roses
                                                                  roses de la vie
                                                                  et que leurs pétales
                                                                  soient la mer étale
                                                                  de tous les bonheurs
                                                                  allons cueille cueille
                                                                  si tu le fais pas
                                                                  ce que tu te goures
                                                                  fillette fillette
                                                                  ce que tu te goures

                                                                  R. Queneau, L’instant fatal

                                                                • #130704
                                                                  Ti Ngoc
                                                                  Participant

                                                                    Chant du ciel

                                                                    La fleur des Alpes disait au coquillage : « tu luis »
                                                                    Le coquillage disait à la mer : « tu résonnes »
                                                                    La mer disait au bateau : « tu trembles »
                                                                    Le bateau disait au feu : « tu brilles »
                                                                    Le feu me disait : « je brille moins que ses yeux »
                                                                    Le bateau me disait : « je tremble moins que ton cœur quand elle paraît »
                                                                    La mer me disait : « je résonne moins que son nom en ton amour »
                                                                    Le coquillage me disait : « je luis moins que le phosphore du désir dans ton rêve creux »
                                                                    La fleur des Alpes me disait : « elle est belle »
                                                                    Je disais : « elle est belle, elle est belle, elle est émouvante ».

                                                                    Robert Desnos, « Les ténèbres » (1927) in Corps et biens.

                                                                  • #130868
                                                                    Ti Ngoc
                                                                    Participant

                                                                      Les réparties de Nina

                                                                      LUI – Ta poitrine sur ma poitrine,
                                                                      Hein ? nous irions,
                                                                      Ayant de l’air plein la narine,
                                                                      Aux frais rayons

                                                                      Du bon matin bleu, qui vous baigne
                                                                      Du vin de jour ?…
                                                                      Quand tout le bois frissonnant saigne
                                                                      Muet d’amour

                                                                      De chaque branche, gouttes vertes,
                                                                      Des bourgeons clairs,
                                                                      On sent dans les choses ouvertes
                                                                      Frémir des chairs :

                                                                      Tu plongerais dans la luzerne
                                                                      Ton blanc peignoir,
                                                                      Rosant à l’air ce bleu qui cerne
                                                                      Ton grand oeil noir,

                                                                      Amoureuse de la campagne,
                                                                      Semant partout,
                                                                      Comme une mousse de champagne,
                                                                      Ton rire fou :

                                                                      Riant à moi, brutal d’ivresse,
                                                                      Qui te prendrais
                                                                      Comme cela, – la belle tresse,
                                                                      Oh ! – qui boirais

                                                                      Ton goût de framboise et de fraise,
                                                                      O chair de fleur !
                                                                      Riant au vent vif qui te baise
                                                                      Comme un voleur ;

                                                                      Au rose, églantier qui t’embête
                                                                      Aimablement :
                                                                      Riant surtout, ô folle tête,
                                                                      À ton amant !….
                                                                      ………………………………………………..

                                                                      Dix-sept ans! Tu seras heureuse!
                                                                      Oh! les grands prés,

                                                                      La grande campagne amoureuse!
                                                                      – Dis, viens plus près!…

                                                                      – Ta poitrine sur ma poitrine,
                                                                      Mêlant nos voix,
                                                                      Lents, nous gagnerions la ravine,
                                                                      Puis les grands bois !…

                                                                      Puis, comme une petite morte,
                                                                      Le coeur pâmé,
                                                                      Tu me dirais que je te porte,
                                                                      L’oeil mi-fermé…

                                                                      Je te porterais, palpitante,
                                                                      Dans le sentier :
                                                                      L’oiseau filerait son andante:
                                                                      Au Noisetier

                                                                      Je te parlerais dans ta bouche..
                                                                      J’irais, pressant
                                                                      Ton corps, comme une enfant qu’on couche,
                                                                      Ivre du sang

                                                                      Qui coule, bleu, sous ta peau blanche
                                                                      Aux tons rosés :
                                                                      Et te parlant la langue franche – …..
                                                                      Tiens !… – que tu sais…

                                                                      Nos grands bois sentiraient la sève,
                                                                      Et le soleil
                                                                      Sablerait d’or fin leur grand rêve
                                                                      Vert et vermeil
                                                                      ………………………………………………..
                                                                      Le soir ?… Nous reprendrons la route
                                                                      Blanche qui court
                                                                      Flânant, comme un troupeau qui broute,
                                                                      Tout à l’entour

                                                                      Les bons vergers à l’herbe bleue,
                                                                      Aux pommiers tors !
                                                                      Comme on les sent tout une lieue
                                                                      Leurs parfums forts !

                                                                      Nous regagnerons le village
                                                                      Au ciel mi-noir ;
                                                                      Et ça sentira le laitage
                                                                      Dans l’air du soir ;

                                                                      Ca sentira l’étable, pleine
                                                                      De fumiers chauds,
                                                                      Pleine d’un lent rythme d’haleine,
                                                                      Et de grands dos

                                                                      Blanchissant sous quelque lumière ;
                                                                      Et, tout là-bas,
                                                                      Une vache fientera, fière,
                                                                      À chaque pas…

                                                                      – Les lunettes de la grand-mère
                                                                      Et son nez long
                                                                      Dans son missel ; le pot de bière
                                                                      Cerclé de plomb,

                                                                      Moussant entre les larges pipes
                                                                      Qui, crânement,
                                                                      Fument : les effroyables lippes
                                                                      Qui, tout fumant,

                                                                      Happent le jambon aux fourchettes
                                                                      Tant, tant et plus :
                                                                      Le feu qui claire les couchettes
                                                                      Et les bahuts :

                                                                      Les fesses luisantes et grasses
                                                                      Du gros enfant
                                                                      Qui fourre, à genoux, dans les tasses,
                                                                      Son museau blanc

                                                                      Frôlé par un mufle qui gronde
                                                                      D’un ton gentil,
                                                                      Et pourlèche la face ronde
                                                                      Du cher petit…

                                                                      Noire, rogue au bord de sa chaise,
                                                                      Affreux profil,
                                                                      Une vieille devant la braise
                                                                      qui fait du fil;

                                                                      Que de choses verrons-nous, chère,
                                                                      Dans ces taudis,
                                                                      Quand la flamme illumine, claire,
                                                                      Les carreaux gris !…

                                                                      – Puis, petite et toute nichée,
                                                                      Dans les lilas
                                                                      Noirs et frais : la vitre cachée,
                                                                      Qui rit là-bas…

                                                                      Tu viendras, tu viendras, je t’aime !
                                                                      Ce sera beau.
                                                                      Tu viendras, n’est-ce pas, et même…

                                                                      Elle – Et mon bureau ?

                                                                      Arthur Rimbaud

                                                                    • #130987

                                                                      Stacey Kent est une chanteuse de jazz américaine mais chante aussi superbement bien en français. Personnellement, j’ai rarement, voir jamais, entendu, une non-native qui chante en français avec un accent aussi parfait.

                                                                      A acheter sans hésitation son album (Raconte-moi) entièrement dédié à la chanson française.

                                                                      http://www.youtube.com/watch?v=IdGpy-TaZK0&feature=related

                                                                      YouTube – Stacey Kent – Les eaux de Mars

                                                                    • #130988
                                                                    • #130989
                                                                    • #130991

                                                                      Bonjour TLM

                                                                      Certainement pas l’ideal pour apprendre le français du XXI e siècle, mais

                                                                      quel texte et quel chanteur !

                                                                      YouTube – Reggiani/Villon La ballade des pendus

                                                                      LA BALLADE DES PENDUS

                                                                      François de Montcorbier dit Villon

                                                                      Frères humains, qui après nous vivez,
                                                                      N’ayez les coeurs contre nous endurcis,
                                                                      Car, si pitié de nous pauvres avez,
                                                                      Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
                                                                      Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :
                                                                      Quant à la chair, que trop avons nourrie,
                                                                      Elle est piéça dévorée et pourrie,
                                                                      Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
                                                                      De notre mal personne ne s’en rie ;
                                                                      Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

                                                                      Se frères vous clamons, pas n’en devez
                                                                      Avoir dédain, quoique fûmes occis
                                                                      Par justice. Toutefois, vous savez
                                                                      Que tous hommes n’ont pas bon sens rassis.
                                                                      Excusez-nous, puisque sommes transis,
                                                                      Envers le fils de la Vierge Marie,
                                                                      Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
                                                                      Nous préservant de l’infernale foudre.
                                                                      Nous sommes morts, âme ne nous harie,
                                                                      Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

                                                                      La pluie nous a débués et lavés,
                                                                      Et le soleil desséchés et noircis.
                                                                      Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,
                                                                      Et arraché la barbe et les sourcils.
                                                                      Jamais nul temps nous ne sommes assis
                                                                      Puis çà, puis là, comme le vent varie,
                                                                      A son plaisir sans cesser nous charrie,
                                                                      Plus becquetés d’oiseaux que dés à coudre.
                                                                      Ne soyez donc de notre confrérie ;
                                                                      Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

                                                                      Prince Jésus, qui sur tous a maistrie,
                                                                      Garde qu’Enfer n’ait de nous seigneurie :
                                                                      A lui n’ayons que faire ne que soudre.
                                                                      Hommes, ici n’a point de moquerie ;
                                                                      Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

                                                                      Villon, Epitaphe Villon ou ballade des pendus

                                                                      Le même poème, superbement récité par Gérard PHILIPPE (avec le texte en sous-titrage)

                                                                      YouTube – Villon – Ballade des pendus (Gérard Philipe)

                                                                    • #131014
                                                                      Ti Ngoc
                                                                      Participant

                                                                        François?, bien sur!

                                                                        (un vieil ami, souvenir de 2° héhéhé)

                                                                        Ballade des Dames du temps jadis

                                                                        Dites-moi où, n’en quel pays,
                                                                        Est Flora la belle Romaine,
                                                                        Archipiades, ne Thaïs,
                                                                        Qui fut sa cousine germaine,
                                                                        Echo, parlant quant bruit on mène
                                                                        Dessus rivière ou sur étang,
                                                                        Qui beauté eut trop plus qu’humaine ?
                                                                        Mais où sont les neiges d’antan ?

                                                                        Où est la très sage Héloïs,
                                                                        Pour qui fut châtré et puis moine
                                                                        Pierre Esbaillart à Saint-Denis ?
                                                                        Pour son amour eut cette essoine.
                                                                        Semblablement, où est la roine
                                                                        Qui commanda que Buridan
                                                                        Fût jeté en un sac en Seine ?
                                                                        Mais où sont les neiges d’antan ?

                                                                        La roine Blanche comme un lis
                                                                        Qui chantait à voix de sirène,
                                                                        Berthe au grand pied, Bietrix, Aliz,
                                                                        Haramburgis qui tint le Maine,
                                                                        Et Jeanne, la bonne Lorraine
                                                                        Qu’Anglais brûlèrent à Rouen ;
                                                                        Où sont-ils, où, Vierge souvraine ?
                                                                        Mais où sont les neiges d’antan ?

                                                                        Prince, n’enquerrez de semaine
                                                                        Où elles sont, ni de cet an,
                                                                        Que ce refrain ne vous remaine :
                                                                        Mais où sont les neiges d’antan ?

                                                                        François Villon (1431-?)

                                                                        YouTube – Brassens BALLADE DES DAMES DU TEMPS JADIS

                                                                      • #131296
                                                                        Ti Ngoc
                                                                        Participant
                                                                          [FONT=Arial, Helvetica, sans-serif]LE CHAT

                                                                          Dans ma cervelle se promène,
                                                                          Ainsi qu’en son appartement,
                                                                          Un beau chat, fort, doux et charmant.
                                                                          Quand il miaule, on l’entend à peine,

                                                                          Tant son timbre est tendre et discret;
                                                                          Mais que sa voix s’apaise ou gronde,
                                                                          Elle est toujours riche et profonde.
                                                                          C’est là son charme et son secret.

                                                                          Cette voix, qui perle et qui filtre,
                                                                          Dans mon fonds le plus ténébreux,
                                                                          Me remplit comme un vers nombreux
                                                                          Et me réjouit comme un philtre.

                                                                          Elle endort tous les cruels maux
                                                                          Et contient toutes les extases;
                                                                          Pour dire les plus longues phrases,
                                                                          Elle n’a pas besoin de mots.

                                                                          Non, il n’est pas d’archer qui morde
                                                                          Sur mon coeur, parfait instrument,
                                                                          Et fasse plus royalement
                                                                          Chanter sa plus vibrante corde,

                                                                          Que ta voix, chat mystérieux,
                                                                          Chat séraphique, chat étrange,
                                                                          En qui tout es, comme un ange,
                                                                          Aussi subtil qu’harmonieux!

                                                                          – De sa fourrure blonde et brune
                                                                          Sort un parfum si doux, qu’un soir
                                                                          J’en fus embaumé, pour l’avoir
                                                                          Caressée une fois, rien qu’une.

                                                                          C’est l’esprit familier du lieu;
                                                                          Il juge, il préside, il inspire
                                                                          Toutes choses dans son empire;
                                                                          Peut-être est-il fée, est-il dieu ?

                                                                          Quand mes yeux, vers ce chat que j’aime
                                                                          Tirées comme un aimant,
                                                                          Se retournent docilement
                                                                          Et que je regarde en moi-même,

                                                                          Je vois avec étonnement
                                                                          Le feu de ses prunelles pâles,
                                                                          Clairs fanaux, vivantes opales,
                                                                          Qui me contemplent fixement.

                                                                          Charles Baudelaire – Les Fleurs du Mal[/FONT]

                                                                        • #131345
                                                                          Ti Ngoc
                                                                          Participant
                                                                            L’échafaud

                                                                            C’était fini. Splendide, étincelant, superbe,
                                                                            Luisant sur la cité comme la faulx sur l’herbe,
                                                                            Large acier dont le jour faisait une clarté,
                                                                            Ayant je ne sais quoi dans sa tranquillité
                                                                            De l’éblouissement du triangle mystique,
                                                                            Pareil à la lueur au fond d’un temple antique,
                                                                            Le fatal couperet relevé triomphait.
                                                                            Il n’avait rien gardé de ce qu’il avait fait
                                                                            Qu’une petite tache imperceptible et rouge.

                                                                            Le bourreau s’en était retourné dans son bouge ;
                                                                            Et la peine de mort, remmenant ses valets,
                                                                            Juges, prêtres, était rentrée en son palais,
                                                                            Avec son tombereau terrible dont la roue,
                                                                            Silencieuse, laisse un sillon dans la boue
                                                                            Qui se remplit de sang sitôt qu’elle a passé.
                                                                            La foule disait : bien ! car l’homme est insensé,
                                                                            Et ceux qui suivent tout, et dont c’est la manière,
                                                                            Suivent même ce char et même cette ornière.

                                                                            J’étais là. Je pensais. Le couchant empourprait
                                                                            Le grave Hôtel de Ville aux luttes toujours prêt,
                                                                            Entre Hier qu’il médite et Demain dont il rêve.
                                                                            L’échafaud achevait, resté seul sur la Grève,
                                                                            Sa journée, en voyant expirer le soleil.
                                                                            Le crépuscule vint, aux fantômes pareil.
                                                                            Et j’étais toujours là, je regardais la hache,
                                                                            La nuit, la ville immense et la petite tache.

                                                                            A mesure qu’au fond du firmament obscur
                                                                            L’obscurité croissait comme un effrayant mur,
                                                                            L’échafaud, bloc hideux de charpentes funèbres,
                                                                            S’emplissait de noirceur et devenait ténèbres ;
                                                                            Les horloges sonnaient, non l’heure, mais le glas ;
                                                                            Et toujours, sur l’acier, quoique le coutelas
                                                                            Ne fût plus qu’une forme épouvantable et sombre,
                                                                            La rougeur de la tache apparaissait dans l’ombre.

                                                                            Un astre, le premier qu’on aperçoit le soir,
                                                                            Pendant que je songeais, montait dans le ciel noir.

                                                                            Sa lumière rendait l’échafaud plus difforme.
                                                                            L’astre se répétait dans le triangle énorme ;
                                                                            Il y jetait ainsi qu’en un lac son reflet,
                                                                            Lueur mystérieuse et sacrée ; il semblait
                                                                            Que sur la hache horrible, aux meurtres coutumière,
                                                                            L’astre laissait tomber sa larme de lumière.
                                                                            Son rayon, comme un dard qui heurte et rebondit,
                                                                            Frappait le fer d’un choc lumineux ; on eût dit
                                                                            Qu’on voyait rejaillir l’étoile de la hache.
                                                                            Comme un charbon tombant qui d’un feu se détache ;
                                                                            Il se répercutait dans ce miroir d’effroi ;
                                                                            Sur la justice humaine et sur l’humaine loi
                                                                            De l’éternité calme auguste éclaboussure.
                                                                             » Est-ce au ciel que ce fer a fait une blessure ?
                                                                            Pensai-je. Sur qui donc frappe l’homme hagard ?
                                                                            Quel est donc ton mystère, ô glaive ?  » Et mon regard
                                                                            Errait, ne voyant plus rien qu’à travers un voile,
                                                                            De la goutte de sang à la goutte d’étoile.

                                                                            3o mars 1856.

                                                                            Victor Hugo (1802- 1885)

                                                                          • #131391
                                                                            Ti Ngoc
                                                                            Participant

                                                                              Au fond du coeur

                                                                              Au fond du coeur, au fond de notre coeur, un beau jour, le beau jour de tes
                                                                              yeux continue. Les champs, l’été, les bois, le fleuve. Fleuve seul animant
                                                                              l’apparence des cimes. Notre amour c’est l’amour de la vie, le mépris de la mort. A même la lumière contredite, souffrante, une flamme perpétuelle. Dans tes yeux, un seul jour, sans croissance ni fin, un jour sur terre, plus clair en pleine terre que les roses mortelles dans les sources de midi.
                                                                              Au fond de notre coeur, tes yeux dépassent tous les ciels, leur coeur de nuit. Flèches de joie, ils tuent le temps, ils tuent l’espoir et le regret, ils tuent l’absence.
                                                                              La vie, seulement la vie, la forme humaine autour de tes yeux clairs.

                                                                              Paul Eluard . (Donner à voir.)

                                                                            • #131699
                                                                              Ti Ngoc
                                                                              Participant

                                                                                Avec tes yeux

                                                                                Avec tes yeux je change comme avec les lunes

                                                                                Et je suis tour à tour et de plomb et de plume,

                                                                                Une eau mystérieuse et noire qui t’enserre

                                                                                Ou bien dans tes cheveux ta légère victoire

                                                                                Paul Eluard : Capitale de la douleur.

                                                                              • #133316
                                                                                Ti Ngoc
                                                                                Participant

                                                                                  [FONT=Arial, Helvetica, sans-serif]
                                                                                  [/FONT]
                                                                                  Aube

                                                                                  J’ai embrassé l’aube d’été.

                                                                                  Rien ne bougeait encore au front des palais. L’eau était morte. Les camps d’ombre ne quittaient pas la route du bois. J’ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit.

                                                                                  La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom.

                                                                                  Je ris au wasserfall qui s’échevela à travers les sapins : à la cime argentée je reconnus la déesse.

                                                                                  Alors je levai un à un les voiles. Dans l’allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l’ai dénoncée au coq. A la grand’ville elle fuyait parmi les clochers et les dômes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais.

                                                                                  En haut de la route, près d’un bois de lauriers, je l’ai entourée avec ses voiles amassés, et j’ai senti un peu son immense corps. L’aube et l’enfant tombèrent au bas du bois.

                                                                                  Au réveil il était midi.

                                                                                  Arthur Rimbaud

                                                                                • #133700
                                                                                  Ti Ngoc
                                                                                  Participant

                                                                                    [FONT=Times New Roman,Times][SIZE=+1]NOUS DORMIRONS ENSEMBLE[/SIZE][/FONT]

                                                                                    [FONT=Times New Roman,Times][SIZE=+1]
                                                                                    [/SIZE][/FONT]

                                                                                    coeur2.gif [FONT=Times New Roman,Times][SIZE=+1]Que ce soit dimanche ou lundi[/SIZE][/FONT]
                                                                                    [FONT=Times New Roman,Times][SIZE=+1]Soir ou matin minuit midi[/SIZE][/FONT]
                                                                                    [FONT=Times New Roman,Times][SIZE=+1]Dans l’enfer ou le paradis[/SIZE][/FONT]
                                                                                    [FONT=Times New Roman,Times][SIZE=+1]Les amours aux amours ressemblent[/SIZE][/FONT]
                                                                                    [FONT=Times New Roman,Times][SIZE=+1]C’était hier que je t’ai dit[/SIZE][/FONT]

                                                                                    [FONT=Times New Roman,Times][SIZE=+1]Nous dormirons ensemble[/SIZE][/FONT]

                                                                                    [FONT=Times New Roman,Times][SIZE=+1]C’était hier et c’est demain[/SIZE][/FONT]
                                                                                    [FONT=Times New Roman,Times][SIZE=+1]Je n’ai plus que toi de chemin[/SIZE][/FONT]
                                                                                    [FONT=Times New Roman,Times][SIZE=+1]J’ai mis mon coeur entre tes mains[/SIZE][/FONT]
                                                                                    [FONT=Times New Roman,Times][SIZE=+1]Avec le tien comme il va l’amble[/SIZE][/FONT]
                                                                                    [FONT=Times New Roman,Times][SIZE=+1]Tout ce qu’il a de temps humain[/SIZE][/FONT]

                                                                                    [FONT=Times New Roman,Times][SIZE=+1]Nous dormirons ensemble[/SIZE][/FONT]

                                                                                    [FONT=Times New Roman,Times][SIZE=+1]Mon amour ce qui fut sera[/SIZE][/FONT]
                                                                                    [FONT=Times New Roman,Times][SIZE=+1]Le ciel est sur nous comme un drap[/SIZE][/FONT]
                                                                                    [FONT=Times New Roman,Times][SIZE=+1]J’ai refermé sur toi mes bras[/SIZE][/FONT]
                                                                                    [FONT=Times New Roman,Times][SIZE=+1]Et tant je t’aime que j’en tremble[/SIZE][/FONT]
                                                                                    [FONT=Times New Roman,Times][SIZE=+1]Aussi longtemps que tu voudras[/SIZE][/FONT]

                                                                                    [FONT=Times New Roman,Times][SIZE=+1]Nous dormirons ensemble[/SIZE][/FONT]
                                                                                    coeur2.gif[FONT=Times New Roman,Times][SIZE=+1]Louis Aragon[/SIZE][/FONT]

                                                                                    YouTube – Jean Ferrat chante Aragon Nous Dormirons Ensemble

                                                                                  • #138066
                                                                                    Ti Ngoc
                                                                                    Participant

                                                                                      Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin …

                                                                                      Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin
                                                                                      De venir dans ma chambre un peu chaque matin;
                                                                                      Je l’attendais ainsi qu’un rayon qu’on espère;
                                                                                      Elle entrait, et disait: Bonjour, mon petit père ;
                                                                                      Prenait ma plume, ouvrait mes livres, s’asseyait
                                                                                      Sur mon lit, dérangeait mes papiers, et riait,
                                                                                      Puis soudain s’en allait comme un oiseau qui passe.
                                                                                      Alors, je reprenais, la tête un peu moins lasse,
                                                                                      Mon oeuvre interrompue, et, tout en écrivant,
                                                                                      Parmi mes manuscrits je rencontrais souvent
                                                                                      Quelque arabesque folle et qu’elle avait tracée,
                                                                                      Et mainte page blanche entre ses mains froissée

                                                                                      Où, je ne sais comment, venaient mes plus doux vers.**

                                                                                      Elle aimait Dieu, les fleurs, les astres, les prés verts,
                                                                                      Et c’était un esprit avant d’être une femme.
                                                                                      Son regard reflétait la clarté de son âme.
                                                                                      Elle me consultait sur tout à tous moments.
                                                                                      Oh! que de soirs d’hiver radieux et charmants
                                                                                      Passés à raisonner langue, histoire et grammaire,
                                                                                      Mes quatre enfants groupés sur mes genoux, leur mère
                                                                                      Tout près, quelques amis causant au coin du feu !
                                                                                      J’appelais cette vie être content de peu !
                                                                                      Et dire qu’elle est morte! Hélas! que Dieu m’assiste !
                                                                                      Je n’étais jamais gai quand je la sentais triste ;
                                                                                      J’étais morne au milieu du bal le plus joyeux
                                                                                      Si j’avais, en partant, vu quelque ombre en ses yeux.


                                                                                      Victor Hugo (1802-1885)

                                                                                      (je me souviens avec délice le début de ce poème appris par coeur jusqu’à ** à l’école primaire)
                                                                                      Ti Ngoc

                                                                                  Vous lisez 49 fils de discussion
                                                                                  • Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.