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Répondre à : quelque 2.500 km en moto de Hanoi à Hô Chi Minh-Ville, par le Tây Nguyên

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[FONT=Arial, Helvetica, sans-serif]Récit du voyage de Gérard et Tuân : 2.500 km en moto de Hanoi à Hô Chi Minh-Ville, par le Tây Nguyên [/FONT][FONT=Arial, Helvetica, sans-serif][IMG]http://lecourrier.vnagency.com.vn/uploaded/2007/11/Vietnam/Culture/default/4237.f01as.JPG[/IMG]
Dixième journée : Nha Trang – Dà Lat

Le 29 juillet. À 08h00. Après un dernier regard sur les plages de Nha Trang qui se couvriront de vacanciers adeptes des plaisirs balnéaires, nous filons Sud, en direction de Phan Rang-Tháp Chàm, où nous quitterons la nationale 1 pour monter vers Dà Lat par la route 27. Dès les premiers kilomètres dans la campagne, j’ai une curieuse impression : le paysage du littoral, que nous avions abandonné lors de notre montée vers les hauts plateaux, me semble familier et pourtant il y a comme un subtil changement ! Cependant, les parcs à crevettes alignent les mêmes maisons sur pilotis, l’air est toujours chargé d’iode et de sel, les rizières sont peut-être d’un vert un peu plus terne, mais elles ondulent toujours de la même façon sous le vent de l’aube…

Un avant-goût tropical
Franchement il y a quelque chose qui me tracasse, mais quoi ? Et soudain, en admirant les montagnes qui se profilent au loin, à droite de la route, la réponse surgit, évidente ! Là, devant les silhouettes montagneuses, caressés par le souffle léger du vent marin, ils défilent comme à la parade au bord des rizières : les cocotiers ! Ils se dressent fièrement et semblent me narguer : « Alors, tu croyais que tu allais faire un saut entre Dà Nang et Nha Trang, et te retrouver 500 km plus au Sud avec le même paysage ! Tu approches des tropiques mon coco, et donc la flore devient tropicale ! ». Et comme pour me faire bien comprendre cette évidence géographique, voilà que les premières cultures de mangue apparaissent, suivies dans le lointain de plantation de tabac… J’abdique ! Je dois me faire à l’idée que nous entrons dans le vestibule du delta du Mékong, à la végétation luxuriante !

Mais, je ne suis pas au bout de mes surprises ! Tuân, qui est devant moi, me fait signe de regarder sur la gauche, et là, je crois être victime d’une hallucination : entre mer et route, des moutons broutent paisiblement une herbe rare et sableuse ! Et même de gras moutons ! J’étais persuadé qu’il n’y avait pas de moutons au Vietnam, et même les vendeuses de mon marché de Hanoi me prennent pour un illuminé quand j’ose leur demander du thit cùu (viande de mouton) ! D’ailleurs Tuân est aussi ébahi que moi, car il s’arrête sur le bas-côté et me dit avec son éternel sourire : « Tu te rends compte, il y a même des moutons ! ». Une photo des placides ovins pour se convaincre que nous ne rêvons pas, et nous poursuivons notre route dans un paysage pour gourmand et fumeurs !

Voici Phan Rang-Tháp Chàm, capitale de la province de Ninh Thuân, qui accueillit autrefois le dernier empire Cham. Et, c’est d’ailleurs pour visiter Po Klaung Garai, sanctuaire cham du 13e siècle, que nous décidons d’y faire halte. Mais, avant de s’intéresser à la culture et à l’histoire du Vietnam, nous nous penchons sur sa gastronomie ! Dans une petite gargote au toit de chaume, nous rassasions nos estomacs, humidifions nos gosiers, et vidons nos vessies. Pour cette dernière et prosaïque contingence matérielle, il me faut souligner que je suis toujours surpris de voir avec quelle désinvolture les Viet- namiens se soulager au bord des routes ! Alors qu’en France, pour éviter d’être mis aux fers et objet de l’opprobre publi-que, nous cherchons le bosquet salvateur ou le champ de hauts épis de maïs. Ici hommes, femmes et enfants se délestent de leur trop-plein en pleine nature, sans chercher à se cacher du regard des pas- sants. Pratique d’autant plus curieuse que sur les plages, alors qu’en France on exhibe volontiers tout ce qui différencie l’homme de la femme, ici, les tenues de bain sont plutôt prudes. Ceci pour dire qu’au cours de ce voyage, j’ai toujours préféré prendre mes précautions, même dans les plus infâmes tinettes d’arrière-cour que j’ai trouvé, plutôt que de participer aux nombreuses mictions collectives que j’ai pu doubler sur le bord des routes ! Ces réflexions tombent à pic, puisque c’est devant des sanitaires payants que j’attends Tuân sur le parking de Pau Klaung Garai !

En effet, notre principal handicap dans ce voyage aura été nos bagages apparents. Quand nous souhaitons nous arrêter en cours de route pour visiter un endroit qui nécessite de s’éloigner de nos motos, nous ne pouvons pas le faire ensemble, sous peine de laisser nos bagages sans surveillance ou bien passer notre route. C’est donc à tour de rôle que nous visitons les sites intéressants. Aujourd’hui, la courte paille a désigné Tuân pour la visite, et moi pour la garde des motos sous un figuier famélique en face de sanitaires publics ! Pendant la demi-heure où Tuân prend sous tous les joints les vénérables pierres, les peintures et les sculptures chams, moi je nettoie les phares, resserre les rétroviseurs, regonfle les pneus (nous avons une pompe à pied !), si bien que ce sont des motos requinquées et bichon-nées qui reprennent la route de Dà Lat. C’est une route en piteux état, de 100 km, qui nous fait escalader les 1.500 m de dénivelé entre le littoral et Dà Lat.

Un arrière-goût alpin…
Malgré les cahots de la route, nous prenons le temps d’admirer, en traversant les villages, les nombreuses pagodes qui ressemblent à des églises, et les nombreuses églises qui ressemblent à des pagodes ! Curieux syncrétisme religieux architectural ! Bientôt la route devient très raide et sinueuse. Pendant plus de 20 km, nous allons croiser, tantôt dessus, tantôt dessous, l’imposante conduite forcée qui alimente la centrale hydroélectrique de Tan Son.

Le paysage devient franchement alpins : forêt de feuillus et de pins sylvestres qui s’entrelacent, en laissant apparaître des torrents qui cascadent sur les rochers. Heureu- sement, elle est peu fréquentée par les camions, et hormis quelques bus touristiques, nous ne la partageons qu’avec de rares motos, préoccupées comme nous à éviter les innombrables « nids de poules » qui lui donnent un air de champ de bataille ! Juste avant le col Song Pha, dans un virage, la vue est fabuleuse. Le regard embrasse toute la plaine jusqu’à la mer. D’ailleurs les touristes ne s’y trompent pas, car 3 cars ont déjà déversé leur cargaison de vacanciers qui s’extasient dans toutes les langues. Dommage que le temps soit chargé et nous masque une partie de ce panorama grandiose.

Au sommet du col à 1.000 m d’altitude, des cabanes de fortune abritent des familles qui proposent des ananas, des noix de coco et des cristaux de pierre polis. Nous nous arrêtons pour profiter des hamacs mis à disposition des voyageurs. Une tasse de thé vietnamien à la main, mollement bercé par un lent mouvement de tangage, je manque m’endormir ! Après les félicitations d’usage de nos hôtes, nous emmenons nos motos gravir le second col, 500 m plus haut. La route est encore pire, car elle est de moins en moins fréquentée, une nouvelle route venant de s’ouvrir. Qu’importe, le paysage est d’une beauté sauvage qui nous fait oublier la musculation forcée de nos épaules et de nos fessiers ! Juste après le col, dit des Français, un petit village me donne le sentiment que nous sommes en France : mêmes maisons aux toits de tuile et aux fenêtres à croisées, mêmes jardins alignant laitues et carottes, mêmes tracteurs garés dans les fermes ! Seuls les « nons » des paysans me rappellent que je suis au Vietnam ! En arrivant sur le plateau à proximité de Dà Lat, nous sommes accueillis par d’immenses plantations de thé en terrasse, puis, juste avant la ville, par une profusion de serres qui annoncent la couleur : Dà Lat, c’est le potager et le jardin horticole du Vietnam !

Il pleut ce soir sur Dà Lat. Un parapluie pour 2, nous déambulons sur le mail en face de notre hôtel, à 2 pas du marché couvert qui nous offre une orgie de fruits, légumes et fleurs à faire pâlir n’importe quel maraîcher breton ! Et c’est sous un crachin digne de la même région que nous nous endormons, à 1.500 km de Hanoi !

(À suivre)
Gérard Bonnafont/CVN

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Source : http://lecourrier.vnagency.com.vn/default.asp?CATEGORY_ID=16&NEWSPAPER_ID=39&TOPIC_ID=50&REPLY_ID=48092