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Quatrième journée : Huê l’impériale !
Le 23 juillet. À 08h00. Aujourd’hui, nos motos se reposent et doivent subir une révision : changer l’huile, vérifier les bougies, etc. Ce sont nos jambes qui font de l’exercice… Lever plus tardif que les autres jours pour un petit déjeuner sur la terrasse de l’hôtel surplombant la rivière des Parfums, Sông Huong. Il fait toujours aussi beau, et l’ami d’une relation de travail doit nous piloter toute la journée pour partir à la découverte de la Cité impériale, du tombeau de Tu Duc – empereur d’Annam [URL= »http://javascript%3Cb%3E%3C/b%3E:void%280%29″](1848-1883[/URL]) -, et de la pagode de la Dame Céleste.
[FONT=Arial, Helvetica, sans-serif]Aujourd’hui les voyageurs se font touristes ! C’est sous une chaleur impériale que nous franchissons à 09h00 Ngo Môn – la Porte du Midi de la Cité impériale. En fait de Cité, j’ai d’abord une impression de Tour de Babel. Autour de nous, les guides s’expriment dans la moitié des langues de la terre pour des touris-tes qui viennent du monde entier ! Je ne serais pas surpris d’entendre parler hottentot ou patagon ! J’ai d’ailleurs l’impression que nous sommes les seuls à parler en vietnamien ! C’est en devisant dans cette langue que nous entamons la visite par la Porte du Midi, où je prends le temps de réprimander un enfant qui veut absolument tenter l’escalade, par la face Nord, du gigantesque gong impérial sur lequel il est écrit, en vietnamien et en anglais : « Ne pas toucher ! ». D’un impérieux Không duoc (Il ne faut pas !), je stoppe l’audacieux qui court se réfugier dans les jupes de sa mère. En rajoutant « Có le cháu không biêt doc ha ?! » (Peut-être que tu ne sais pas lire, hein ?!), je l’achève et je fais éclater de rire ses parents, surpris de voir un étranger parler leur langue… avec un curieux accent ! [/FONT]
[FONT=Arial, Helvetica, sans-serif]Fier d’avoir participé à la sauvegarde d’une partie du patrimoine du Vietnam, je poursuis mon chemin sous une chaleur accablante ! Comme tout le monde, je donne à manger aux carpes goulues des Ho Thai Dich, et je me dis que je n’aimerais pas tomber par inadvertance dans ces étangs : m’étonnerais pas qu’elles soient cannibales ces carpes impériales ! [/FONT]
[FONT=Arial, Helvetica, sans-serif] Promenade impériale !
Puis tout s’enchaîne : la salle d’audience solennelle aux couleurs magnifiques, la salle d’exposition à la chaleur étouffante, les chaudrons à faire frire les rebelles (sévères, les colères impériales !), le temple dédié aux empereurs, où je découvre l’ensemble de la dynastie des Nguyên [URL= »http://javascript%3Cb%3E%3C/b%3E:void%280%29″](1802-1945[/URL]), et puis les appartements, les chambres, les bureaux, les temples, les jardins… Bref tout ce que tous les guides touristiques présentent en long et en large. Pendant 3 heures, je vis au rythme des empereurs, et je consomme à peu près 5 litres d’eau et 10 crèmes glacées… Désireux de perfectionner mon vietnamien, j’entame la conversation avec des touristes qui me paraissent, de prime abord, être Vietnamiens. Les premiers sont en fait des Américains qui ne parlent pas vietnamien, les seconds ne parlent que français, les troisièmes sont Lao ! J’arrête mes cours de langue et je termine la visite, en me liquéfiant totalement sous le soleil impitoyable qui, à mon avis, ne doit pas apprécier que la Cité impériale de Huê lui fasse de l’ombre ! Heureusement, le restaurant qui nous accueille est climatisé ! Quel plaisir de déguster le bánh uot et le bún thit nuong, dans cette ambiance ! [/FONT]
[FONT=Arial, Helvetica, sans-serif]Nous avions dit « repos », et bien repos nous faisons, en nous octroyant une sieste avant d’aller visiter par la route le tombeau de Tu Duc. La promenade sous les pins est agréable en ce milieu d’après-midi et l’ambiance du site force à la sérénité. Quoi que… ! En effet, je mesure une fois de plus l’écart entre l’histoire officielle et l’histoire des vies. Ainsi, en France, longtemps nous avons appris que Vercingétorix était un grand guerrier aux cheveux longs et blonds, alors qu’en réalité, il était petit, brun et portait les cheveux courts à la mode romaine ! Et bien, ici c’est pareil ! Officiellement l’empereur aimait… méditer avec ses concubines préférées dans le petit pavillon qui jouxte l’étang Luu Khiêm. Mais en pénétrant dans le pavillon et en découvrant l’immense lit qui y trône, je me perds en conjectures sur l’exercice de telles méditations ! Tiens, puisque l’on évoque ces concubines, je me permet une autre remarque : d’elles, il ne reste aujourd’hui que la trace des souvenirs. Des maisons qui les accueillaient, il ne reste que quelques fragments de murs. Mais rien d’autres, pas de preuves tangibles de leur existence… Or, si l’on observe attentivement les dalles de terre cuite qui couvrent les allées et les esplanades du site, on y voit les empreintes laissées par les chats et les chiens qui vivaient du temps de l’empereur, alors que les dalles n’étaient pas encore sèches ! Ces modestes animaux ont laissé pour les générations futures une trace plus durable que les concubines ! Quelle réflexion sur la vacuité de nos vies ! Allez, pardonnez ces irrévérences, et laissez moi terminer la visite en profitant de la quiétude du site ! J’aime à imaginer l’empereur, déambulant dans ce monde d’harmonie et réfléchissant aux vicissitudes du pouvoir en des temps difficiles ! [/FONT]
[FONT=Arial, Helvetica, sans-serif] Rencontre dangereuse !
Quittant l’ombre de Tu Duc, nous rejoignons la pagode de la Dame Céleste, en nous arrêtant au passage dans un village spécialisé dans la fabrication de bâtons d’encens. Invités à entrer chez un artisan ou plus exactement une artisane, je manque renouer avec la polygamie impériale ! En effet, cette aimable chi, travaille avec sa petite sœur (em), qui doit avoir une trentaine d’années. Fort charmante par ailleurs, cette em n’est pas encore mariée, et elle nous laisse entendre qu’elle attend un étranger pour se marier, mais il faudrait qu’il parle vietnamien, et ça c’est rare. Et sur ce, comme je lui parle dans cette langue depuis 10 minutes, elle me regarde avec un air gourmand qui me fait craindre les pires turpitudes ! J’ai beau dire que je suis déjà marié à une Vietnamienne, que j’ai un enfant ! Rien n’y fait, et Tuân et son ami sont écroulés de rire tandis que poliment je décline son invitation à visiter plus profondément son… atelier de fabrication ! On prend quand même une photo ensemble pour lui faire plaisir, et je me hâte de quitter l’échoppe pour retrouver calme et tranquillité dans la pagode de la Dame Céleste. Je suis touché par la spiritualité qui se détache de cet endroit, et j’ai même l’occasion d’échanger quelques mots avec le vénérable bonze qui s’occupe de l’éducation de nombreux petits novices qui en fréquentent l’école bouddhiste. [/FONT]
[FONT=Arial, Helvetica, sans-serif]C’est dans la douceur d’un crépuscule d’été que nous regagnions Huê, en faisant la route buissonnière parmi des maisons-jardins nichées au milieu d’une végétation luxuriante le long d’un paisible ruisseau. Après les fastes de l’Empire ce matin, le charme de cette escapade vespérale constitue un excellent contrepoint. Notre journée s’achève par un repas en terrasse, sous les lanternes chinoises, au bord de la rivière des Parfums, avec notre correspondante locale. Nous apercevons l’ancien pont Clemenceau, le Truong Tiên, illuminé de couleurs changeantes, comme une invitation à reprendre la route demain. Pour l’heure, nous regagnons notre hôtel, pendant que la Huê impériale s’endort…[/FONT]
[FONT=Arial, Helvetica, sans-serif](À suivre)
Gérard Bonnafont/CVN
(24/09/2007) [/FONT]