Aller au contenu

Répondre à : L’aveuglement De Gaulle face à l’Indochine

› Discussions générales sur le Vietnam › Le Vietnam, son passé, son histoire › L’aveuglement De Gaulle face à l’Indochine › Répondre à : L’aveuglement De Gaulle face à l’Indochine

#157038
thuong19
Participant

    @DédéHeo 156804 wrote:

    …………….
    C’est magic internet !……….

    merci DD pour tes recherches. je voulais participer à ce topic, car Henri Martin éveille en moi le souvenir de manifs pour le libérer.
    mais dans ma mémoire il me semblait qu’il était compromis dans l’affaire des cheminots et des militants qui se couchaient sur les rails pour empêcher les trains de soldats du corps expéditionnaire de partir pour Marseille où ils devaient prendre le bateau pour « l’Indo »
    et comme internet c’est magic, je ne peux m’empêcher de « coller » la version lue dans une page perso de Jacques Morel , avec un délicieux texte de J Prévert certainement peu connu.

    [h=1]8 août 1951: Henri Martin, ancien résistant FTP, condamné à 5 ans de prison pour « tentative de démoralisation de l’armée. » (Vietnam)[/h] Henri Martin ex F.T s’est engagé dans la Marine pour combattre les Japonais à la fin 1945. Il constate qu’il est mobilisé non contre les fascistes mais contre les Indochinois qui revendiquent leur liberté, et se retrouve sur un bateau, en compagnie de vichystes qui ont fait le coup de feu contre les gaullistes à Dakar et de GMR, milices de Pétain qui pourchassaient les résistants. Les cadavres qu’ils voient flotter sur l’eau, en Indochine, ne sont pas des gens assassinés par des pillards mais de malheureux paysans tués par la Légion étrangère (composée de 40 % d’allemands, évitant ainsi les camps de prisonniers) qui massacrait et brûlait des villages. Le 14 avril 1946, il voit les habitants de Haiphong mourir de faim. Redescendu dans le Sud, son bateau participe avec l’aviation au blocus du Nord en coulant les jonques qui transportent du riz depuis le Sud. « Je me souviens quant on a tué le petit môme […] C’était des civils avec un bébé […] Je conduisais le canot […] C’est moi qui ai amené la mort avec deux fusils-mitrailleurs. C’est une complicité d’assassinat. » Il participe au bombardement de Haiphong du 23 novembre 1946.

    Revenu en France en décembre 1946, il distribue des tracts à Toulon invitant les marins à réclamer la cessation des hostilités en Indochine. Il est arrêté et condamné à 5 ans de prison et à la dégradation militaire.
    Le PCF prend sa défense ainsi qu’un collectif d’intellectuels dont Jean-Paul Sartre qui publie, fin 1953, le livre L’affaire Henri Martin où Prévert écrit ceci:

    Entendez-vous
    Entendez-vous gens du Vietnam
    entendez-vous dans vos campagnes
    dans vos rizières dans vos montagnes…
    Ces êtres inférieurs
    ne savaient haïr que la haine
    ne méprisaient que le mépris
    Mais
    il y avait aussi et venant de très loin
    les Monopolitains
    ceux de la Métropole et de l’appât du gain
    Négociants trafiquants notables résidents avec les
    légionnaires les expéditionnaires et les concessionnaires
    et les hauts commissaires
    Et puis les missionnaires et les confessionnaires
    venus là pour soigner leurs frères inférieurs
    venus pour les guérir de l’amour de la vie
    cette vieille et folle honteuse maladie
    … Et la misère était cotée en Bourse
    sous le couvert
    et dans les plis et replis du pavillon tricolore
    … Soudain
    sont emportés dans les rapides de l’Histoire
    leurs bateaux de papier monnaie
    et comme dans les livres d’histoire importés de la métropole
    on proclame au Viêt Nam
    les Droits de l’homme
    … Et les Grands Planteurs d’Hévéas les Seigneurs de la
    Banque d’Indochine et les Grands Charbonniers du
    Tonkin
    en appellent sans plus tarder à la Quatrième République
    empirique apostolique et néo-démocratique
    Alors
    la fille aînée de l’Église
    son sang ne fait qu’un tour
    Un pauvre capucin et grand amiral des Galères
    arrive à fond de train par la mer
    et après avoir fait les sommations d’usage
    Ceci est mon corps expéditionnaire
    Ceci est votre sang
    à coup de droit canon il sermonne Haiphong
    des anges exterminateurs accomplissent leur mission
    et déciment la population
    Simple petit carnage
    présages dans le ciel
    sévère mais salutaire leçon
    Et vogue la galère
    après avoir bien joué son beau rôle dans l’Histoire
    l’Amiral se retire dans sa capucinière
    en dédaignant la gloire
    …
    Et le temps fait semblant seulement de passer
    le temps du halte-là reste là l’arme au pied
    les temps des cerisiers en fleurs arrachés à la terre et volatilisés

    Et malgré d’inquiétantes menaces de paix
    les gens du trafic des piastres
    fêtent toutes les fêtes et sans en oublier
    …
    Cependant que très loin on allume des lampions
    des lampions au napalm sur de pauvres paillotes
    et des femmes et des hommes des enfants du Viêt Nam
    dorment les yeux grands ouverts sur la terre brûlée
    et c’est comme Oradour
    c’est comme Madagascar et comme Guernica
    et c’est en plus modeste tout comme Hiroshima